Ariane Mnouchkine: «Cette marionnette, c'est la République, c'est avec elle qu'on veut marcher»

INTERVIEW La metteuse en scène Ariane Mnouchkine explique à «20 Minutes» pourquoi elle marche…

Propos recueillis par Annabelle Laurent

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La marionette de la République dans le cortège du 11 janvier 2015
La marionette de la République dans le cortège du 11 janvier 2015 — Annabelle Laurent / 20 Minutes

La metteuse en scène Ariane Mnouchkine défile accompagnée d'une marionnette géante, animée par la troupe du théâtre du Soleil. Figure de la Justice dans un précédent spectacle, voici la marionnette relookée en République, coiffée d'un bonnet phrygien et le visage ensanglanté. Un brin effrayante, cette Marianne. «Oui, elle fait un peu peur, sourit Ariane Mnouchkine. Mais il faut que la République fasse peur, parfois». 

Pourquoi marcher aujourd'hui?

Quelle question. Aujourd'hui c'est une journée où les Français - les Européens et au-delà, apparemment - doivent dire ce qu'ils veulent, Et pas seulement ce qu'ils ne veulent pas. Ce qu'on veut, c'est ce pourquoi tant de gens se sont battus depuis trois siècles: c'est la démocratie, la liberté, l'égalité, la fraternité. Ce qu'on a voulu assassiner, c'est la liberté d'expression mais pas seulement, c'est l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est la fraternité, c'est l'art, c'est la beauté. La République a encore plein de défauts, mais on veut la défendre.

C'est l'art et la culture qui ont été attaqués mercredi?

C'est bien plus global que ça. Bien sûr que ça a touché des artistes, mais aussi des policiers, des gens qui allaient faire leur marché... Ça nous touche tous, et ça touche, il ne faut pas l'oublier, énormément de musulmans.

Vous redoutez les mois à venir?

Ça ne sert à rien de les redouter, on va les vivre! Aujourd'hui, c'est encore une journée simple, où les gens intelligents vont faire taire leurs différends. Et ceux qui sont suffisamment rétrécis sous leur idéologie pour ne pas participer aujourd'hui, sous différents prétextes, je trouve ça très, très bête. Cela prouve leur petitesse. A partir de demain les différences vont s'exprimer, et la bataille qui est à mener, et qu'on a trop tardé à mener, va être très compliquée. C'est très compliqué pour une démocratie de se défendre comme une démocratie en restant une démocratie.