Les rappeurs Nekfeu et Disiz disent leur émotion après l’assassinat des caricaturistes

Attaque à Charlie Hebdo Les rappeurs réagissent à l’attentat qui a frappé «Charlie Hebdo»…

Benjamin Chapon

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Une manifestante brandi un stylo pour exprimer son soutien aux victimes de l'attenta contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 à Bruxelles
Une manifestante brandi un stylo pour exprimer son soutien aux victimes de l'attenta contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 à Bruxelles — ISOPIX/SIPA

Depuis la publication des caricatures de Mahomet en 2006, le contentieux était lourd entre le journal satirique et certains rappeurs de culture musulmane. Les réactions de Disiz et Nekfeu étaient notamment très attendues après l’attentat meurtrier de mercredi à Charlie Hebdo.

Dans une longue lettre publiée sur son compte Facebook, Disiz explique qu’il a d’abord eu du mal à trouver les mots: «Je suis dévasté. Je suis triste. J'ai peur pour mes enfants. Je suis tétanisé par un cocktail de peur, de tristesse et de colère. Ça me touche et me remue le cœur sur trop de choses, je retiens des larmes depuis ce matin, des larmes de rage.»

Le rappeur Nekfeu a également publié une lettre sur les réseaux sociaux: «Je tiens à présenter mes sincères condoléances aux familles et proches des victimes de la tuerie sauvage qui a eu lieu aujourd'hui au siège de Charlie Hebdo

Un contexte particulier

L’un et l’autre s’étaient assez violemment opposés aux journalistes de Charlie Hebdo il y a quelques mois. Dans une chanson écrite pour la bande originale du film La Marche, Nekfeu réclamait ainsi «un autodafé contre ces chiens de Charlie Hebdo.» Disiz avait également réagi et écrit sur son compte Instagram à l’instar des journalistes: «Si vous étiez muets je vous couperai la parole, vous voulez savoir comment je ferai ? Et bien je vous couperai les mains.»


A l’époque, Disiz et Nekfeu réagissaient ainsi à leur manière aux caricatures publiées par Charlie Hebdo qui encourageaient, selon eux, l’amalgame entre musulmans et terroristes. Les deux rappeurs s’étaient largement expliqués de leur propos à l’époque mais ont tenu à nouveau à éclairer leurs paroles de chansons dans leurs textes de condoléances.

«Honte d'une chose que je n'ai pas faite»

Disiz rappelle ainsi le contexte de sa violente apostrophe: «Y a un an, j'ai essayé de répondre intelligemment aux amalgames de Charb sur leur vision rétrograde de ma musique et de tout c'que je défend depuis mes débuts. J'étais en colère (…) qu'ils réduisent mon texte à «un chant communautaire religieux alors que je me suis toujours considéré comme Français, et que dans le texte je ne parle que de cette communauté.(...) Comment cette soit disant élite Française du sens de l'humour redoutable et courageux pouvait avoir le même avis stupide sur le rap, qu'un pauvre maire UMP qui n'y connait rien ou qu'une vieille dame d'un autre temps (…) Alors j'ai répondu à la mauvaise foi par la mauvaise foi. A l'humour décapant par la punchline décapante. En me disant que c'était de bonne guerre (…) Et là ce matin je vois ce drame horrible qui me glace le sang. Et là, j'ai de nouveau ce sentiment de honte, honte d'une chose que je n'ai pas faite, à laquelle je n'ai jamais pensé même dans mes colères les plus profondes.»

Violemment pris à parti sur les réseaux sociaux, Nekfeu a aussi tenu à souligner que «mes intentions de l'époque n'étaient évidemment pas de m'attaquer aux personnes sous quelque forme que ce soit, mais de me positionner en utilisant la liberté d'expression à égale provocation de celle revendiquée par le journal et ses auteurs (…) Je considérais la récente ligne éditoriale de Charlie Hebdo comme opportuniste et dégradante envers la communauté musulmane dans le contexte d'islamophobie actuel, d'autant plus que ce journal a toujours eu mon estime pour son engagement et ses positions subversives.» La «pseudo-polémique» entre le rappeur et Charlie Hebdo s’était réglée en dehors des tribunaux. «Je n'appartiens à aucune communauté religieuse et je n'ai aucune prétention politique, je suis juste un rappeur sincère issu du monde des clash: une discipline où les figures de style violentes ne sont jamais à prendre au pied de la lettre», explique Nekfeu.


 

 
 

De nombreux autres rappeurs se sont exprimés et ont unanimement condamné l’acte barbare.