Deux expos en ligne montrent la fascination mutuelle du Japon et de la France

JAPON La Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque nationale de la Diète japonaise ont entrepris de numériser leurs collections consacrées aux relations franco-japonaises...

Mathias Cena

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Extrait de la «Manga» de Hokusai, conservée à la Bibliothèque Nationale de France.
Extrait de la «Manga» de Hokusai, conservée à la Bibliothèque Nationale de France. — Bibliothèque Nationale de France

De notre correspondant à Tokyo

Si les relations entre la France et le Japon ont débuté officiellement en 1858 avec la signature du Traité d'amitié et de commerce entre les deux pays, les influences mutuelles sont bien plus anciennes, comme en témoignent de nombreux écrits, parfois oubliés.

Le fonds japonais de la Bibliothèque nationale de France (BNF) recèle ainsi des trésors, dont certains sont longtemps restés enfouis. «Après la Première Guerre mondiale, il y a eu un oubli pendant quasiment un siècle de ces collections qui sont restées là, dormantes, personne ne les utilisant vraiment, explique Christophe Marquet, directeur de l’Institut français de recherche sur le Japon de la Maison franco-japonaise, à Tokyo. On est dans une période de redécouverte de ces fonds, de leur histoire et de leur importance.»

La «passion, l’enthousiasme et l’incompréhension»

Pour remettre en valeur ces documents, la BNF et la Bibliothèque nationale de la Diète japonaise ont signé en 2013 un partenariat qui s’accompagne d’une campagne commune de numérisation. Deux expositions virtuelles, lancées ce mois-ci sur les sites respectifs des bibliothèques, présentent ce travail au public, en remontant aux sources de la fascination du Japon pour la France, et de la France pour le Japon.

La BNF a numérisé cartes, imprimés, estampes, photographies, en tout 2.000 documents japonais du XVIe au XXe siècle, dont certains n’existent plus au Japon. Ces sources ont par le passé nourri la «passion, l’enthousiasme et aussi l’incompréhension» des Français pour le Japon, décrit Véronique Béranger, coordinatrice du portail franco-japonais. Et permis d’affiner les connaissances hexagonales sur l’Archipel: «Avant ces livres, on connaissait surtout le Japon à travers ce que disaient les missionnaires jésuites qui y avaient séjourné jusqu’au début du XVIIe siècle», précise Christophe Marquet.

Isolement

A partir de ce moment, les contacts directs cessent. Vers 1635, le shogunat Tokugawa met en œuvre le sakoku («fermeture du pays»), qui consiste à isoler le Japon du reste du monde, et durera jusqu’au milieu du XIXe siècle. Missionnaires chrétiens et étrangers en général sont expulsés du pays qu’il est interdit aux Japonais de quitter, sous peine de mort. Les seuls contacts avec l’Occident se font par le commerce avec les Hollandais, autorisés à accoster à Nagasaki. C’est par eux que des livres japonais continuent à parvenir en France.

«Les grands orientalistes, à partir du début du XIXe siècle, ont commencé à étudier à travers la documentation japonaise de première main: des livres de géographie, d’histoire, des illustrés», note Christophe Marquet. Toutes ces sources n’ont pas encore livré tout leur savoir. La mise en place de ce site, avec la numérisation progressive des fonds, va permettre selon le chercheur «de donner un accès à toute une documentation que même des spécialistes du Japon ignorent et que des Japonais viennent étudier à Paris car ils ne les ont plus.»

Le Japon conserve lui de nombreux documents français et la moitié nipponne de l’exposition montre comment les Japonais, malgré l’isolement, connaissaient la France, la Révolution et Napoléon. Le site retrace brièvement l’histoire de l’influence française là-bas, de la pensée politique à la mode et la cuisine, ainsi que la littérature, via des romans au départ adaptés: «Les premières traductions transposaient l’histoire dans un décor japonais pour pouvoir être lus sans obstacle culturel», précise Yukihide Watanabe, de la Bibliothèque nationale de la Diète japonaise. Le premier roman français traduit directement en japonais serait Le Tour du monde en 80 jours de Jules Vernes en 1878, six ans seulement après sa parution française.