Olafur Eliasson a trouvé un musée à sa démesure

ART CONTEMPORAIN La fondation Vuitton, à Paris, accueille une spectaculaire installation de l’artiste danois Olafur Eliasson…

Benjamin Chapon

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Olafur Eliasson, Contact, 2014 Lancer le diaporama
Olafur Eliasson, Contact, 2014 — Iwan Baan

Pour sa première grande exposition, la fondation Vuitton, à Paris, a convoqué un artiste star, aux œuvres spectaculaires et inspirantes. Les effets visuels d’Olafur Eliasson ont envahi le rez-de-chaussée du bâtiment de Frank Gehry. Le spectateur est invité à s’y perdre, dans un noir profond, au milieu d’effets d’optiques géants avec miroirs, néons et jeux d’ombres. L’artiste danois d’origine islandaise espère créer le débat parmi les visiteurs. «J’aime que certains s’y sentent bien et que d’autres, au contraire, y voient un monde anxiogène.»

Chouchou du père de la fondation Vuitton, Bernard Arnault, Olafur Eliasson produit ses œuvres géantes pour ce genre de lieu d’exception. Ces dernières années, il a occupé le gigantesque hall de la Tate Modern, à Londres, qu’il a baigné d’une lumière jaune brumeuse, ainsi que l’entrée du musée d’Art moderne de la ville de Paris, recouvert de plusieurs tonnes de rochers volcaniques.

Glace, arc-en-ciel, rivière

Mais l’art d’Olafur Eliasson a de plus en plus de mal à se tenir à l’étroit dans les salles de musées. Après s’être fait remarquer en déversant des centaines de litres de colorant vert fluo dans une rivière danoise, cet artiste écolo s’est vu commander une œuvre par la ville de New York. Son installation d’une cascade sous le pont de Brooklyn n’a pas eu l’impact escompté. Il s’est rattrapé avec l’arc-en-ciel artificiel créé sur le toit du musée d’art contemporain d’Aarhus, au Danemark.

Puis, le mois dernier, il a placé douze blocs de glace de la banquise sur une place de Copenhague. Leur inéluctable fonte agit comme une alarme des consciences.

Olafur Eliasson est un artiste qui suscite l’engagement. Discret sur ses propres combats -il a notamment créé une association d’aide aux enfants africains et a lui-même adopté deux Ethiopiens -l’artiste cherche, par les expériences sensorielles qu’il crée, à générer un changement de paradigme chez les spectateurs. «Je travaille les espaces et les lumières, je brouille les perceptions et les sensations. Je ne fais pas ça pour le jeu mais pour que les gens sortent différents. Parce que si on ne change rien, on va à notre perte, c’est certain.»

Balades sensorielles

Olafur Eliasson ne suggère aucune «solution écologique» mais espère un «travail humain collectif». Dans son immense atelier berlinois, installé dans une ancienne brasserie, l’artiste dirige cent collaborateurs qu’il laisse libres de proposer et d’échanger sur ses propres projets.

«Il veut nous faire voir quelle est notre place dans le monde, explique Suzanne Pagé, directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton. Il n’a pas un discours préconçu à nous proposer mais des impressions, des balades.»

La balade parisienne, intitulé Contact, à laquelle Olafur Eliasson nous invite avec une météorite qu’il faut toucher pour avoir le droit d’entrée. Puis se déploie dans un espace plutôt exigu rendu infini grâce à des effets de miroirs. Et se termine près du bassin où les piliers du Grotto, espace couvert extérieur, sont habillés de miroirs et de bandes jaunes.

Quand on sait de quelle démesure Olafur Eliasson est capable, son exposition à la fondation Vuitton semble presque sage, mais aussi plus intime. Et plus forte que certaines installations intimidantes. En regardant un visiteur tâtonner dans le noir pour ne pas tomber sur le sol concave, le très sérieux Olafur Eliasson a souri. Il a réussi son effet.