«The Pinkprint» : Nicki Minaj, la poupée rosse

MUSIQUE En moins de quatre ans, Nicki Minaj s’est imposée comme la forte personnalité du hip hop américain. Elle sort ce lundi son troisième album, «The Pinkprint» ...

Joel Metreau

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Nicki Minaj.
Nicki Minaj. — Howard Huang

Révélée au grand public avec son premier album Pink Friday en 2010, la rappeuse américaine de 32 ans née à Trinité-et-Tobago est devenue une superstar du hip-hop. Pourtant la concurrence est rude. Comment a-t-elle réussi à imposer?

  • Un look de princesse pulpeuse

Il suffit de jeter un coup d’œil à son compte Instagram pour le constater. C'est un défilé de mode, essentiellement composé de tenues moulantes, de corsets serrés et d'accessoires chatoyants. On est loin du street wear ghetto. Mais en live, les vêtements à courant d'air sont parfois capricieux. En 2011, en direct à la télé américaine, un sein déborde du soutien-gorge pendant qu'elle interprète un morceau. Et c'est le scandale. Pas de quoi effrayer le fabricants de jouets Mattel, qui reproduit son look girly rose en créant une Barbie à son effigie. Une poupée vendue aux enchères pour venir en aide aux personnes contaminées par le VIH.

  • Un univers visuel outrancier

Les pochettes des trois mixtapes qui ont précédé Pink Friday peuvent donner la nausée à tout directeur artistique: vulgaires, outrageusement colorées, comme le résultat d'un premier cours d'Illustrator. Beam me Up Scotty ressemble au flyer d'une soirée en toc, avec sa Nicki Minaj en Wonder Woman disproportionnée et visée par le faisceau lumineux du vaisseau de Star Trek. De plus, chez Nicki Minaj, tout est hypertrophié. Que ce soit ses jambes démesurément allongées sur la pochette de Pink Friday ou des fesses protubérantes dans une posture de Vénus callipyge sur le single Anaconda. Parfois, la provoc tombe à plat, comme ce clip vidéo du single Only, avec l’utilisation purement gratuite d’une imagerie fasciste, suivi des excuses de la rappeuse.

  • Des clashs en bonne et due forme

Rien de tel que quelques engueulades pour satisfaire le public. Nicki Minaj s'inscrit dans la lignée des rappeuses Missy Elliott et Lil Kim. Cette dernière l'accuse d'avoir pillé son image, elle sort un album dont la pochette représente une Nicki Minaj décapitée. Ambiance. Autre clash: avec Mariah Carey, tout au long de la saison 12 du télécrochet American Idol, dont elles étaient toutes les deux jurées. Elles ne s'apprécient guère. Minaj s'est demandé à haute voix sur Twitter «comment une femme qui a rencontré le succès peut être aussi peu sûre de soi et amère.» Ouch.

  • Une personnalité trouble

Qui est vraiment Nicki Minaj? Le sait-elle elle-même? Comme Eminem a inventé Slim Shady ou Michael Quattlebaum Jr se glisse dans la peau de Mykki Blanco, Minaj s’est trouvé plusieurs personnalités. Soit Nicki Teresa ou Roman Zolanski, des alter ego par lesquels elle peut plus facilement s'exprimer. En 2012, alors qu’elle a 11 millions d’abonnés sur son compte Twitter, elle décide de le supprimer parce qu' «une voix dans sa tête» lui a intimé de le faire. Elle y reviendra huit jours plus tard.

  • Une femme hypersexualisée

Il n'y a pas que les rappeurs masculins pour déclamer avec tact les joies de l'amour dans toutes les positions. Sur son dernier album, The Pinkprint, le morceau Get on your knees, elle explique que pour la conquérir il faut se mettre à quatre pattes et la supplier. De même dans le nouveau dans le nouveau clip de Only, elle apparaît en maîtresse sado-maso pour dompter les p'tits gars. Une sexualité pas si limpide, remarque le magazine gay Out. Dans le clip de Lil Freak, elle passe plus de temps à chauffer une femme que le lover Usher.

«The Pinkprint» emprunte partout

C'est qu'on trouve de tout sur le troisième album de Nicki Minaj. Du hip-hop glaçant (Only) ou épuré (Four Door Aventador), des balades sentimentales (I lied) ou des morceaux taillés pour les before du samedi soir (The Night is still Young). Mais derrière une façade pop, le flow précis de la rappeuse continue de faire des ravages. C'est dire si elle n'avait pas tellement besoin d'allonger la liste des featurings prestigieux: Beyoncé, Ariana Grande, Lil Wayne, Chris Brown...