«Un récital se doit d'être intime»

LYRIQUE Entretien avec Joyce DiDonato, mezzo-soprano

Recueilli par Philippe Verrièle

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Joyce DiDonato, mezzo-soprano.

Votre programme espagnol surprend. Vous n’aimez pas les compositeurs connus ?

J'aime bien prendre le public par surprise, mais je n'ai rien contre les classiques. Sur scène, je peux interpréter Mozart, Rossini et Haendel. Mais un récital se doit d'être plus intime, plus personnel. Mon premier disque était consacré à des compositeurs américains, avec des pièces graves qui me touchaient beaucoup. Pour celui-ci, ce sont des musiques que mon professeur m'a fait découvrir à l'université et qui sont peu jouées. Je me sens plus proche de l'esprit, des rythmes et des couleurs espagnoles que de Schubert.

Allez-vous continuer dans cette voie ?

C'est une bonne question... J'ai préparé ce récital il y a trois ans à partir d'Obradors. Découvrir Montsalvatge et Rodrigo m'a beaucoup plu. Mais, après ce disque, je ne sais pas si je vais continuer dans cette direction. J'ai la sensation que mon prochain récital va se rapprocher du répertoire français de Debussy, de Reynaldo Hahn ou de Chausson peut-être. Je me sens aussi de mieux en mieux avec les compositeurs germaniques comme Strauss et Malher. Je finis avec Rossini et en juin, à San Francisco, je fais mon premier Octavian dans Le Chevalier à la rose de Strauss. Rossini convient très bien à ma voix, mais je finirais par m'y ennuyer. J'ai besoin de challenge. J'ai grandi avec l'idée de l'effort.

Aujourd’hui, travaillez-vous plus au Etats-Unis ou en Europe ?

A soixante pour cent en Europe, et quarante aux Etats-Unis. Ma carrière a mis plus longtemps à se développer là-bas. Ici, je suis arrivée complètement inconnue, mais il y a eu suffisamment de critiques et de public pour me découvrir. On m'a tout de suite proposé de beaux rôles sur de grandes scènes. En Amérique, cela prend toujours beaucoup de temps pour qu'un artiste décolle. Même si cette saison, les choses commencent à bien bouger, il y a quand même beaucoup plus de possibilités en Europe que là-bas.

disque ¡Pasión ! participe à l'engouement pour le patrimoine musical espagnol. Mais, à la différence de Rolando Villazon ou Placido Domingo, attachés à la zarzuela - l'opéra bouffe madrilène -, l'Américaine apporte un charme gouailleur à la fougue raide souvent accolée aux compositeurs sérieux. Ici, de Falla, Granados ou le rare Obradors, bien que sophistiqués, restent superbement fluides.