Le garde du corps: homme d’attente ou homme d’action?

Propos reccueillis par Alice Antheaume

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Julio Chavez dans le film El Custodio
Julio Chavez dans le film El Custodio — Sophie Dulac Distribution
«El Custodio» (le garde du corps en VF), un film de Rodrigo Moreno vient de sortir en salles. Rubén (Julio Chávez), le personnage principal, est un ex-militaire quinquagénaire, garde du corps d'un ministre a priori assez peu menacé.
Silence, longues heures d’attente et vie personnelle ratée: tel est le quotidien du métier. On est bien loin du bodyguard incarné par Kevin Costner qui portait une Whitney Houston toute pailletée dans ses bras musclés.

Alors, à quoi ressemble, en vrai, le boulot de garde du corps? Interview de Vincent Di Giovanni, de Diams sécurité, une entreprise de protection rapprochée qui dispose d’une cinquantaine d’agents.

Un garde du corps qui ne fait qu’attendre, comme celui que l’on voit dans le film «El Custodio», est-ce réaliste?
L’attente fait partie de notre métier. Mais attention, ce n’est pas comme dans une salle d’attente. C’est une attente active: on est aux aguets, sans arrêt. On a les yeux rivés sur les mains et les yeux des gens qui gravitent autour de la personne que l’on doit protéger, car même une simple bague peut griffer et défigurer le visage d’une personnalité pendant une séance d’autographes.

Dans notre centre de formation, on insiste beaucoup sur cette attention permanente et cela décourage ceux qui pensaient qu’il y aurait beaucoup plus d’action. On compte environ 30 % de «déchets». C’est comme cela que l’on appelle ceux qui ne vont pas jusqu’au bout de la formation.

Il n’y a pas d’action alors? Un garde du corps est pourtant amené à se battre, non?
La sécurité, c’est avant tout de la prévention (repérage des lieux, préparation des déplacements en amont). Pour protéger certains people américains (comme Arnold Schwarzenegger pendant le festival de Cannes, ndlr), on déploie beaucoup de forces: plus de vingt gardes du corps sur la croisette, réparties autour de la star et disséminées dans la foule.

Normalement, on n’a pas à se battre. S’il y a contact avec quelqu’un, c’est que le travail de préparation a été mal fait. La mission est alors un échec.

Dans «El Custodio», le silence est presque oppressant. Dans la réalité, les gardes du corps ont-ils le droit de parler?
Parmi les exigences de nos clients, il y a la confidentialité. On ne doit pas entendre leurs conversations. C’est pourquoi nous restons suffisamment en retrait pour ne pas écouter, et suffisamment près pour pouvoir intervenir.

Par ailleurs, on ne nomme jamais nos personnalités. On les appelle toutes «l’autorité» et si on en a plusieurs, on dit «l’autorité 1», «l’autorité 2», etc. A l’oreillette, entre nous, on dit «l’autorité arrive» et on utilise tout un langage inspiré du vocabulaire de l’armée pour se parler le long des déplacements.
Avec nos clients, on a des mots de code. Quatre notamment, qu’on leur apprend avant de sortir en public. Un mot pour le premier niveau d’alerte, un autre pour le deuxième niveau, un troisième qui veut dire «danger, on évacue les lieux», et un quatrième pour dire «alerte maîtrisée». Je ne peux pas vous donner d’exemples de mots codés, on s’en servira peut-être pour d’autres missions.