Sidi Larbi Cherkaoui: «Danser, c’est culturel, pas naturel.»

DANSE Le chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui imagine des spectacles où se mêlent les traditions de danse du monde entier…

Benjamin Chapon

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Le spectacle Genesis de Sidi Larbi Cherkaoui et Yabin Wang Lancer le diaporama
Le spectacle Genesis de Sidi Larbi Cherkaoui et Yabin Wang — LaVillette

Après le tango, le flamenco et le kung-fu, le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui continue son tour du monde des danses avec le spectacle Genesis 生长 créé en Chine à l’invitation de la danseuse Yabin Wang et présenté actuellement à Paris. «Elle voulait confronter sa danse à un chorégraphe étranger, explique Sidi Larbi Cherkaoui actuellement au Japon pour monter un spectacle de théâtre en japonais. Yabin a un statut particulier en Chine et est la seule danseuse chorégraphe qui se soit fait un nom. Là-bas, seules les compagnies sont reconnues.»

Ensemble, Sidi Larbi Cherkaoui et Yabin Wang ont conçu un spectacle sur les thèmes de la déshumanisation et du rapport de l'homme à la nature. «Je respecte infiniment les danses traditionnelles. Mais les respecter ne veut pas dire les figer.» Conscient qu’il n’aura jamais la «compréhension physique absolue» des danses chinoises mais par ailleurs fasciné par leur puissance évocatrice, Sidi Larbi Cherkaoui y a puisé des mouvements qu’il a adaptés à son propos.

Un spectacle, deux jambes
 

Pour le spectacle Sutra, Sidi Larbi Cherkaoui avait déjà travaillé en Chine avec les moines Shaolin: «C’était plus facile parce que j’étais chorégraphe et eux danseurs. Avec Yabin, nous étions sur un pied d’égalité, il a fallu inventer un spectacle à deux.»

Leur spectacle, au propos très politique, aurait pu heurter la sensibilité des autorités chinoises: «Honnêtement, là n’était pas la difficulté, explique Sidi Larbi Cherkaoui. En revanche, les publics chinois et occidentaux n’ont pas les mêmes attentes, ni la même patience. Il a fallu trouver un rythme qui satisfasse tout le monde.»

Porcelaine métissée
 

En Chine, Yabin Wang n’a pas tant acquis sa renommée par ses chorégraphies que pour sa participation au film Le Secret des poignards volants, de Zhang Yimou en 2004. «Rien n’aurait été possible sans elle, reconnaît Sidi Larbi Cherkaoui. Elle est à la fois très forte, combative et jamais résignée, mais aussi douce et lisse. Comme de la porcelaine.»

Le spectacle Genesis de Sidi Larbi Cherkaoui et Yabin Wang - LaVillette


Sidi Larbi Cherkaoui évoque ainsi «tout un tas de difficultés administratives et politiques mais finalement, le plus compliqué était de se parler et de se comprendre, c’était difficile. On dit souvent que la danse est un langage universel mais c’est un cliché. Danser, c’est culturel, pas naturel.»

Pour porter le discours de leur spectacle contre l’uniformisation de nos sociétés, les deux chorégraphes ont eux-mêmes bouleversé leurs habitudes. «J’ai proposé à Yabin d’intégrer Tsuki, un danseur japonais. Ce n’était pas du tout évident étant donné le contexte entre Chine et Japon.» Sidi Larbi Cherkaoui a aussi proposé la présence d’un musicien congolais Kaspy N’dia. «Il y avait des différences culturelles irréconciliables qu’il fallait tout de même réconcilier. C’est ce défi qui m’intéresse, c’est pour ça que je travaille. Je ne sais pas si ça a l’air facile mais moi, ça me demande toute mon énergie.»