Eddie Izzard, l'humoriste anglais, polyglotte et «homme lesbien»

HUMOUR L’humoriste anglais héritier des Monty Python et admiré des comiques français sort le DVD de son spectacle en français «Stripped». «20 Minutes» l'a rencontré à Paris... 

Annabelle Laurent

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Eddie Izzard, humoriste anglais
Eddie Izzard, humoriste anglais — Universal

«Qui est le public d’Eddie Izzard?», s’étonnait l’an dernier Gad Elmaleh, l’un de ses admirateurs français (le fan-club compte aussi Antoine de Caunes, Dany Boon ou Jamel), alors qu’il introduisait son spectacle «Stripped» à la Cigale. Outre-manche, Eddie Izzard est une rock star, et si John Cleese des Monty Python a dit de lui qu’il était le «Python égaré», l’humoriste de 52 ans est, dans sa carrière, tout sauf perdu, avec un succès international grandissant.

20 Minutes l’a rencontré alors que son spectacle «Stripped», joué complet en France (L’Olympia compris) sort en DVD ce mardi. 

 Il porte le drapeau de l’Europe en vernis. Eddie Izzard a appris le français. L'allemand, aussi. Et «bientôt l’espagnol, le russe et l’arabe». Pourquoi se donne-t-il tant de mal pour repousser les frontières? «Pour entrer dans le 3e millénaire. Je suis un Européen britannique… Comme le montrent mes ongles vernis. Je veux montrer que l’Europe peut être une aventure si vous avez du cran. C’est donc un projet politique, en plus d’une approche business. Et puis c’est une fucking (sic) aventure pour moi». Il cite Gad Elmaleh, qui «le fait aussi», avec son premier stand-up aux Etats-Unis, Michael Mittermeier ou «les Italiens, qui se mettent à l'humour à l'extérieur de chez eux.» «C’est positif, car ça va contre les partis extrêmes.»

 Il ne croit pas en l’humour français. Ni en l’humour britannique, d’ailleurs. «Ça n’existe pas. Dans chaque pays, il y a deux catégories: les humoristes dans la norme, mainstream, et ceux plus alternatifs et second degré. Comme il peut exister deux catégories de musique. Pour que notre public existe, il suffit d’avoir des références plus universelles. Les Monty Python l’ont déjà montré». Wikipédia, iTunes, la création humaine ou le banjo comptent parmi les sujets évoqués dans Stripped. Tout juste entend-on quelques références à DSK. Sinon le show n’est pas adapté. Reste que l’humour absurde ou les sujets improbables sont moins communs en France. «Apparemment vous aimez mon humour, mais vous n’avez pas vraiment d’humoristes comme ça. Peut-être parce qu’après la Seconde Guerre Mondiale, il y a eu l’idée d’être sérieux avec la comédie?». Autre impératif, pour lui: bannir les clichés hommes/femmes. «C’est mainstream comme matériel. Et souvent sexiste.»

Il est un «homme lesbien». Bottines à talons, ongle vernis et cils alourdis par le mascara. Eddie Izzard se travestit depuis des années, et «c’est un acte politique. Je dis que je suis un «homme lesbien», juste pour expliquer que je ne suis pas gay. Tout le monde est perdu avec ça. On me dit même «on est sûrs que tu l’es». Pourquoi je mentirais? De tout temps, il y a eu des travestis hétéros, bis, et homos. C’est complexe. Mais de plus en plus accepté, aussi, car les coming out augmentent».

Il veut être maire de Londres. Eddie Izzard, futur maire de Londres? Il a d’ores et déjà annoncé qu’il serait candidat en 2020. «Et si je n’y arrive pas, membre du Parlement». Pourquoi? Du tac au tac: «Parce que je n’aime pas la droite.» «Elle est en train de revenir, et je veux être là pour la combattre.» Transformer son image d’humoriste est périlleux, mais Eddie Izzard a l’avantage d’être identifié comme activiste. «Sur l’Europe, sur le travestissement. Le public est de plus en plus prêt. Et moi je dois me blinder pour affronter toute la haine que je vais recevoir. Vous imaginez ces titres: "Un maire humoriste et travesti"?».

Le Grand Journal du 28/11/14 - La Suite avec David Guetta et Eddie Izzard