VIDEO. «Disco sympathie»: Une «french touch» au goût de bonbons acidulés et de naïveté décomplexée

MUSIQUE Le DJ Vidal Benjamin a réuni douze titres méconnus de la disco française dans une compilation sur le label électro Versatile...

Joel Metreau

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La couverture du disque et le DJ Vidal Benjamin.
La couverture du disque et le DJ Vidal Benjamin. — Gilbert Cohen

Des perles méconnues de la musique refont surface dans Disco sympathie, qui sort ce lundi sur le label Versatile. Soit douze titres improbables de la chanson française, à la charnière des années 1970 et 1980, exhumés par Vidal Benjamin, 42 ans. Il est non seulement DJ, mais aussi «crate digger», autrement dit fouineur de bac à disques. L'homme parcourt les brocantes et les vide-greniers, «avec un tourne-disque Fisher Price à piles», explique-t-il à 20 Minutes. Histoire de ne pas se laisser abuser par la pochette.

Un titre, et puis ils tombent dans l'oubli

Disco Sympathie est le résultat d’un «écrémage», entre ses choix artistiques et la recherche des ayants droit sur les morceaux. Car le temps d’un titre, leurs auteurs sont souvent retombés dans l’oubli. Pour un Chagrin d’amour (Chacun fait fait c’qui lui plaît plaît) qui perce, des dizaines tombent à plat. «C’était l’émergence des radios, il fallait créer du contenu, mais il n’y avait pas assez de place pour tout le monde», suggère Vidal, qui compare l’époque à un «Far West musical». Pour faire le tri, il s’est fié à son «instinct de DJ», en choisissant des disques aux «paroles surprenantes» et à la «production impeccable».

«Une espèce d’hédonisme, faite de dérision et d’amusement»

«Far West musical» peut-être, mais les flingues de Disco Sympathie ressemblent à des pistolets à eau. Surfant à la limite du mauvais goût, les morceaux exhalent «une naïveté totalement assumée», observe Vidal. Ils sonnent comme «une manière de noyer les difficultés du quotidien dans une espèce d’hédonisme, faite de dérision et d’amusement, presque de régression infantile.» Pas surprenant d’entendre chanter un chœur prépubère dans Y’en a marre de Raymonde et les moutards, ou un gamin en solo dans Stars sur la platine.

Tiens. Un phrasé rap dans Stars sur la platine, comme dans Frivole de nuit de Laurie Destal. «Il y avait une volonté de faire, parfois maladroitement, comme les Américains, les Grandmaster Flash et Kurtis Blow, qui n’hésitaient pas à rapper sur du funk», raconte Vidal. Puis vint l'émission H.I.P.H.O.P., en 1984 sur TF1, lucarne éphèmère de la culture hip-hop, «avec Sydney, qui fait venir Afrika Bambaataa», pionnier du genre.

D’autres chansons célèbrent un exotisme de pacotille. Elles s’appellent Gibraltar, Harlem ou encore Nuits brésiliennes. «C’est le reflet d’une époque où il n’y avait pas encore le low-cost et où on voyageait moins, observe Vidal Benjamin. Ils ont de ces destinations une vision naïve et lyrique.»

Un son qui intéresse les Anglo-Saxons

Le film Eden de Mia Hansen-Løve célèbre la house française de la fin des années 1990. Vidal Benjamin en honore une autre, qui intéresse les étrangers: «Cette disco leur est inconnue, car tournée vers le marché local. Ce n’était pas de la musique d’export.» Les Français peuvent bouder ce patrimoine. «Souvent les esthètes de la musique arrêtent les années 1970 à Jean-Claude Vannier, François de Roubaix ou Melody Nelson. Les Anglo-Saxons, eux, la découvrent avec plaisir, car la production est bonne. J'ai envie d'inciter les gens à se replonger dedans. Ils se rendront compte qu'il y a beaucoup de fraîcheur.»