Le ballet du Bolchoï au cinéma: Dans les coulisses d'un succès

DANSE «20 Minutes» a assisté à une représentation du ballet du Bolchoï, retransmise dans 1.200 cinémas dans le monde...   

Annabelle Laurent

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Les danseurs du Bolchoï vus depuis les coulisses, lors de la représentation de Légende d'amour, le 26 octobre 2014.
Les danseurs du Bolchoï vus depuis les coulisses, lors de la représentation de Légende d'amour, le 26 octobre 2014. — A.LAURENT/20MINUTES

De notre envoyée spéciale à Moscou 

Les mains agrippées aux chevilles, il s’étire en silence avant de demander à nouveau l’impossible à chacun de ses muscles. Bientôt le deuxième acte. A 24 ans, Denis Rodkin est l’un des danseurs stars de la compagnie du Bolchoï. Comme toute la compagnie, ce soir-là, il n’a pas le droit à l’erreur, et sans doute encore moins que d’habitude. Car aux 1.700 spectateurs du théâtre moscovite aux dorures et velours rouges s’ajoutent ceux qui ont pris place dans 1.200 cinémas du monde: le ballet, Légende d'amour, est retransmis en direct. C’est pour lui «beaucoup plus de responsabilité, oui, bien sûr», nous glisse-t-il avant le lever de rideau.

«Attention, il saute»

Dans la salle, six caméras sont braquées sur la scène: deux au premier rang, deux au centre, trois au fond de l’allée centrale. Les consignes sont envoyées aux cadreurs depuis le car régie, à l’extérieur du théâtre, où le réalisateur peaufine en direct la commutation des plans, car «dans un ballet, la moindre erreur se voit: aucun hors-champ possible, un danseur qu'on ne filme pas au bon moment n'existe pas», nous explique-t-il. «Attention, il saute»: La scripte déroule à voix haute, trois heures durant, le conducteur connu par cœur depuis des semaines.

Voisine du car régie, une parabole satellite envoie le spectacle loin de Moscou. Et si le dispositif est à peu près inchangé depuis la première il y a cinq ans, le succès va, lui, en s’accroissant, avec désormais 50 pays touchés. Pour la France, 15.000 téléspectateurs en moyenne se sont pressés en salles la saison dernière, avec une fréquentation forcément plus forte pour les grands classiques. Record battu avec 150.000 personnes dans le monde pour Casse-Noisette, capté en 2010. 

Ce que les spectateurs du Bolchoï ne voient pas

Mais qui sont donc ces spectateurs de ballet filmés? Des fans de ballet, dont peu pourraient s’offrir le voyage jusqu’à Moscou. Des novices, aussi. «Il faut voir l’ambiance dans une salle. Certains applaudissent, raconte Thierry Fontaine, directeur de Pathé Live, qui produit et distribue les captations. Et les gens adorent voir ce que les spectateurs du Bolchoï ne voient pas».

Les échauffements des danseurs, par exemple. Pendant les entractes, une septième caméra se promène en coulisses. Des interviews avec les étoiles sont menées par la porte-parole polyglotte de la compagnie, Katerina Novikova, qui rappelle les doutes initiaux de la compagnie. Fallait-il ouvrir les portes à l’équipe française? «Est-ce que c’est ça le spectacle vivant? C’était la question. On a accepté à condition que la qualité de la captation soit très bonne, et qu’il y ait de la dramaturgie à l’écran. Pour que l’émotion passe.»

Près de 90 danseurs sur scène

C’est donc une compagnie fondée en 1776 qui a eu la modernité d’ouvrir ses coulisses. On y voit les danseurs s’agglutiner à tour de rôle autour du moniteur. «Ils ont compris que c’était dans leur intérêt de nous accueillir, et du côté des spectateurs, la réponse a été immédiate, puisque dans le monde entier, quand on pense danse classique, on pense Bolchoï et Opéra de Paris», témoigne François Duplat, fondateur de Bel Air Média.

«C’est une compagnie très difficile à voir, et surtout, la qualité du corps de ballet est incomparable, ajoute le réalisateur Vincent Bataillon, qui connaît les danseurs par cœur à force de les avoir filmés. A l’Opéra de Paris, il y a 4-5 danseurs formidables, au Bolchoï, il y en a 20! Sur certains spectacles, il y a 90 danseurs sur scène, et 90 autres le lendemain... C’est inimaginable ailleurs».

La plus grande compagnie du monde qui tolère les caméras, au risque d’exposer une potentielle chute au monde entier? «Au contraire, confie Katerina Novikova. Ils vous diront qu’ils dansent pour les spectateurs de la salle, mais le jour des captations, c’est évident, leur énergie est double».

La Fille du Pharaon sera diffusée ce dimanche 23 novembre à 16h dans 130 salles en France, et La Bayadère le 7 décembre à 16h.