Franquin et Jijé, conquérants du far-west

BD Un livre d’entretiens avec les deux plus grands maîtres de la bande dessinée franco-belge est réédité...

Olivier Mimran

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Jijé et Franquin vus par Jean Giraud/Moebius
Jijé et Franquin vus par Jean Giraud/Moebius — J. Giraud & éd. Niffle 2014

Publié une première fois en 1969, «Franquin/Jijé - Comment on devient créateur de bandes dessinées» avait  alors été un véritable succès éditorial. Il faut dire qu’à l’époque, ses deux «héros», aujourd’hui disparus, étaient au sommet de leur carrière artistique. Réédité en 2001 et épuisé depuis, ce cultissime ouvrage signé Philippe Vandooren (également disparu) vient de ressortir aux éditions Niffle. Une nouvelle génération de lecteurs peut donc à son tour bénéficier des conseils avisés de deux monstres sacrés de la BD.

Il est d’ailleurs étonnant de constater combien ces entretiens avec André Franquin (Gaston Lagaffe, Spirou, Les idées noires etc) et Joseph Gillain -dit Jijé- (Spirou, Valhardy, Blondin et Cirage, Jerry Spring, Tanguy et Laverdure etc) semblent toujours d’actualité. C’est dû, d’une part, à la révision éditoriale qui a converti, par exemple, les «salaires» évoqués en euros. Mais surtout au fait que leurs conseils sont toujours valables pour quiconque souhaiterait marcher sur leurs traces.

Des conseils toujours valables

Frédéric Niffle, éditeur du livre et rédacteur en chef du magazine hebdomadaire Spirou, confirme que les propos tenus n’ont rien d’obsolète: «sur le plan technique, ça ne marche plus systématiquement car beaucoup d’auteurs ont abandonné le papier pour travailler directement sur ordinateur . Mais sur le plan artistique, les conseils qu'on trouve dans le livre (c'est-à-dire «pratiquer sans temps morts», «dessiner des natures mortes et des modèles vivants») sont ceux que je donnerais encore aujourd'hui».

L’ouvrage ne se contente d’ailleurs pas d’énumérer des «recettes»: Jijé et Franquin y débattent chacun de l’Art –dans le sens «pratique»- de la bande dessinée en général, sur ce ton très convivial que ne permet que la formule des entretiens. Laquelle contribue, en plus d’un petit format de 80 pages, à faire du livre une somme très digeste… et ô combien passionnante!

Des créateurs uniques

Car qu’on soit fan de bande dessinée ou pas, on ne peut que rester pantois devant le professionnalisme, et la gentillesse, de deux auteurs d’une telle envergure. «Il ne faut pas oublier qui étaient Franquin et Jijé», rappelle Frédéric Niffle: «Quand ils ont explosé, dans les années 1940/50, seul Hergé avait été un créateur important avant eux. Franquin et Jijé ont attrapé sa vague, l'un pour le réalisme (Jijé) et l'autre pour l'humour (Franquin), et ils ont atteint des sommets jamais égalés depuis. Ils demeurent uniques dans la mesure où la BD, à cette période, était un univers encore en gestation, une sorte de far-west dont ils ont dessiné les frontières».

Aux aspirants bédéastes, Jijé conseille, dans son entretien, de «s’amuser, de savoir rester enfant». Enfant, c’est nous qui le redevenons en dévorant cet indispensable (double) témoignage sur l’âge d’or de la bande dessinée franco-belge.

«Franquin/Jijé - Comment on devient créateur de bandes dessinées», par Philippe  Vandooren - Éd. Niffle, 16 euros