La France va rendre des restes humains aborigènes présents dans ses musées

PATRIMOINE Après authentification, les restes seront rapatriés en Australie...

20 Minutes avec AFP

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Des danseurs aborigènes lors de l'inauguration du musée du Quai Branly, en 2006, à Paris.
Des danseurs aborigènes lors de l'inauguration du musée du Quai Branly, en 2006, à Paris. — ERIC FEFERBERG / AFP

La France et l'Australie vont mandater des experts chargés de recenser d'éventuels restes humains aborigènes figurant dans les collections de musées français en vue de leur rapatriement, ont annoncé mercredi le président français François Hollande et le Premier ministre australien, Tony Abbott.

Les gouvernements des deux pays «s'engagent à travailler dans un esprit de coopération et de compréhension mutuelle» au retour des restes humains d'aborigènes d'Australie et des indigènes du détroit de Torrès, population autochtone vivant sur des îles sur la côte du Queensland, selon un communiqué conjoint. Le processus de consultation devra «prendre en considération les droits et les intérêts des communautés indigènes d'Australie ainsi que les objectifs et les préoccupations de la communauté scientifique internationale», ajoute le document publié à l'occasion de la visite officielle de François Hollande en Australie.

Des experts chargés «d'identifier et d'authentifier l'origine» des restes humains

Des experts des deux pays seront chargés «d'identifier et d'authentifier l'origine» des restes humains. En France, le dossier sera placé sous la responsabilité du ministère de la Culture et du Muséum national d'Histoire naturelle.

Canberra oeuvre depuis des années au rapatriement de restes humains aborigènes présents dans des collections publiques ou privées du monde entier, principalement aux Etats-Unis et en Europe. En 2011, le Musée d'Histoire naturelle de Londres avait accepté de rendre les restes de 138 indigènes du détroit de Torrès, qui avaient été transportés en Grande-Bretagne au XIXe siècle. 

En 2013, l'hôpital berlinois de la Charité avait remis 33 crânes et ossements à des représentants d'aborigènes australiens. La France, sur décision des députés, a par ailleurs restitué ces dernières années à la Nouvelle-Zélande des dizaines de têtes maories momifiées acquises au XIXe siècle par les explorateurs et marins occidentaux.

La restitution s'oppose parfois au droit patrimonial des pays

Considérées comme des trophées ou des objets de curiosité, ces restes humains ont fait l'objet d'un trafic et parfois de chasses à l'homme dès les débuts de la colonisation de l'Océanie au XVIIIe siècle. Interdit en 1831 par le gouvernement britannique, en Nouvelle-Zélande et en Australie, ce commerce s'est poursuivi illégalement bien au-delà de cette date. 

La restitution s'oppose parfois au droit patrimonial des pays concernés. En France, la remise par la ville de Rouen d'une tête maorie en 2007 avait suscité une vive controverse et nécessité une décision de justice. Le ministère de la Culture, craignant pour le devenir des autres restes humains détenus par les musées français, s'était opposé à cette restitution.