Nikos Aliagas: «Avoir une fille change le regard d’un homme sur les femmes»

CHAT L'animateur télé a répondu à vos questions...

Cédric Garrofé

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Nikos Aliagas, dans les locaux de 20 Minutes le vendredi 31 octobre 2014
Nikos Aliagas, dans les locaux de 20 Minutes le vendredi 31 octobre 2014 — C.LAEMMEL/20MINUTES

Le mot de la fin:

Le livre que j’ai écrit pour ma fille, je l’ai écrit aussi pour tous ceux qui se posent des questions, jeunes parents ou pas, quant à l’héritage qu’ils ont reçus et qu’ils veulent transmettre. La vie n’a pas de sens s’il n’y a pas de transmission. Et pour se donner des chances dans un avenir incertain, essayons au moins de décoder les choses du passé qui avait un sens. Nikos.

 

C.: Votre regard sur le monde des médias a-t-il changé depuis que vous êtes père?

Je n’ai jamais été très dupe. Voire pas du tout :) En même temps, le monde des médias n’est pas plus cruel qu’un autre métier. Ça fascine ou ça terrifie, de l’extérieur. Mais de l’intérieur, je peux vous dire qu’il y a des gens très honnêtes et passionnés qui travaillent dur pour fournir des programmes qui parfois marchent, et d’autres pas. Mes collaborateurs sont les mêmes depuis des années. Ce n’est pas Dallas et la fidélité existe aussi chez nous.
Sauf que comme c’est une loupe exacerbée par la notoriété, on a l’impression que les médias referment un monde impitoyable. Donc la paternité n’a pas changé grand-chose pour moi car je me meus dans mon milieu professionnel avec beaucoup de réalisme, comme un artisan télévisuel.

Marnie: Quand on est un homme de télé comme vous, ça change quoi à votre quotidien d’avoir un enfant?

J’ai jamais eu de vie dissolue, j’ai toujours eu une vie assez carrée. L’enfant ne fait que renforcer le cadre dans lequel j’ai toujours évolué, qui était plutôt familial. On prend le temps pour son enfant parce qu’être père, n'est pas une fonction. C’est un rôle qu’on apprend au fur et à mesure. Les priorités de l’enfant sont des priorités aussi dans mon planning.

LM: J’aimerais beaucoup voir un reportage sur Demis Roussos. Ce n’est pas une blague, je suis fan! Ça vous dit?

Demis est un ami de longue date. Sa carrière est immense. Et c’est surtout quelqu’un de très drôle, qui a vécu des choses inouïes, comme Nana Mouskouri que j’ai encore eu aujourd’hui en ligne. Elle a 80 ans, elle est en pleine tournée. Quand Demis et Nana passaient à la télé, dans les émissions de Michel Drucker, c’était un événement à la maison. Ça rappelait le pays à mes parents. J’espère lui faire un jour un portrait en 5 dates dans 50 minutes inside.

Armande: Avant d’avoir votre fille, vous étiez-vous déjà imaginé père? L’image que vous vous faisiez colle-t-elle à la réalité?

Déjà, avoir une fille change le regard d’un homme sur les femmes. Quand on est jeune, quand on parle de paternité, on pense à un fils, comme tout bon méditerranéen. Le jour où j’ai tenu Agathe dans mes bras, il n’était pas question d’avoir un fils mais bel et bien cette petite chipie. J’admire la force et la patience des femmes. Même si c’est ensemble que l’on devient parents. Ce sont elles qui donnent la vie, elles qui donnent le monde. Et c’est un acte sacré, un truc de dingue. Et on ne paye pas de mine à ce moment-là lorsqu’on devient papa...

Palmira: C’est quoi votre secret pour être toujours souriant et beau gosse?

Il faut savoir que j’ai toujours été réservé et plutôt mal dans ma peau, plus jeune. Je n’ai jamais fait confiance au miroir. Ma grand-mère disait que c’était un menteur, une illusion! Mais globalement, je me sens mieux aujourd’hui physiquement qu’à mes débuts à la télé. L’âge rend sage et nous apprend l’acceptation. Je souris car je prends du plaisir à faire ce que je fais et que mon rôle c’est de soit divertir, soit informer les gens. Par exemple dans mes interviews sur Europe 1. Et quand je suis fatigué, où que j’ai un bobo comme tout le monde, je le cache. Parce que je ne suis pas là pour faire la gueule et me plaindre.

Teresa: Dans la vie courante, parlez-vous grec à votre fille?

En fait, je lui parle grec et français. Et sa mère lui parle en anglais. Du coup, elle baragouine 3 langues en même temps, elle commence à les distinguer. Mais je craque, quand elle me dit: “I love you daddy”.

Catherine: Quelle est votre vision sur ce qui se passe en Grèce en ce moment?

La Grèce sort d’une crise économique dont la France et le reste de l’Europe ne sont pas épargnés. Sauf que la Grèce a été le premier pays, comme s’il fallait un pays laboratoire. Comme s’il fallait tester les fondations de la construction européenne. Le cas grec est symptomatique du malaise et de la panne généralisée concernant une vraie politique économique commune. A force d’avoir diabolisé la Grèce en simplifiant le débat et en montrant du doigt 11 millions d’habitants comme s'ils étaient des fraudeurs, ce qui n’est pas vrai, on a ouvert la porte aux populistes, aux extrémistes.

Thibaut: Aimez-vous quand Nicolas Canteloup vous caricature? Et quid de votre marionnette aux Guignols?

Je n’ai pas trop le choix surtout! Il faut savoir que dans C’est Canteloup, je ne vois jamais les sujets avant. Donc, quand il me brocarde, je ne le sais pas avant! Et même quand on répète, l’après-midi, je n’ai que les grandes directions du conducteur, mais pas les détails. Cela ne me dérange pas. Il est dans son rôle et il a du talent. Quand il était aux Guignols, c’était encore lui qui faisait ma voix. Je ne sais pas qui la fait maintenant. Il faut accepter la caricature lorsqu’on devient pour un temps un personnage public. Accepter l’autodérision c’est, au fond, reconnaître que tout cela n’est pas très grave. Et je suis certain que Jean-Jacques Bourdin est fier de se faire pasticher par Nicolas.

Thibaut: Préferez vous la radio ou la télé? 

J’ai besoin des deux en vérité. J’ai commencé à la radio il y a 27 ans, à Radio France Internationale (RFI), j’étais pigiste et je coupais les dépêches des téléscripteurs. Et aujourd’hui, en plus des grandes émissions que j’anime sur TF1, j’ai un besoin presque viscéral de parler devant un micro, à la radio, ce que je m’efforce de faire tous les samedis à 11h dans “Sortez du cadre” sur Europe 1La proximité radiophonique est la meilleure école pour ceux qui veulent commencer dans ce métier.

Julie: Bonjour Nikos. Vous semblez être un homme assez humain. Plutôt loin en fait de l'image que l'on peut se faire de certaines émissions diffusées sur votre chaîne. N'auriez-vous pas envie de vous engager pour des "causes"? Si oui, lesquelles? Par ailleurs, pensez-vous rester animateur télé toute votre vie? Que feriez-vous à la place si vous le pouviez?

Avant d’être animateur, je suis aussi un fils, un frère, un père, un ami et un citoyen engagé dans un certain nombre de causes qui parfois sont publiques, et d’autres pas. Autour de la santé, bien sûr, comme la lutte contre le cancer, la mucoviscidose, etc. On peut animer des émissions de télévision ou présenter les informations comme je l’ai fait pendant longtemps et rester “humain”, comme vous dites. Je connais de “belles personnes” à la télévision. Il ne faut pas confondre vie publique et engagement privé. C’est ce que j’essaye de dire aussi à ma fille, dans mon livre.

Christine: Kalimera Nikos! Que représente ton petit ange pour toi? Et la place de sa maman?

Kalispera ! Je suis comme tous les papas. J’essaye d’être à la hauteur des petites choses du quotidien et j’essaye aussi de me projeter. Mais sans sa maman, ce n’est pas possible. Un enfant a besoin de ses deux parents. Et nous nous efforçons avec responsabilité et humilité d’être là, surtout.

Tony: Pourquoi avez-vous choisi l'âge de deux ans (de votre enfant) pour écrire votre ouvrage?

Ce n’est pas une question d’âge qui concerne Agathe. Mais une démarche qui est directement liée à son arrivée. Ce n’est pas une livre qu’elle lira demain, mais c’est je l’espère un livre qu’elle lira et qui l’accompagnera dans sa vie.
En chemin, peut-être, que les choses se passeront différemment. On n’a pas de certitudes. Mais quand elle éprouvera le besoin, plus tard, adolescente ou adulte, elle se souviendra de son papa qui à la quarantaine, a essayé de lui dire quelque chose avant de se tromper, comme tous les autres papas, peut-être..

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Le présentateur vedette de TF1 Nikos Aliagas a vécu l'événement le plus bouleversant de sa vie en devenant père. Pour les deux ans d'Agathe, il publie Ce que j'aimerais te dire, un livre où il se replonge dans l'histoire de sa famille et son parcours. Un témoignage intime et sincère d'un père qui «réapprend la vie» dans les yeux de son enfant.

Ce que j'aimerais te dire, Nikos Aliagas, préface de Jean-Christophe Rufin, NiL, 184 pages, 17,50 euros.

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Il vous répond vendredi dès 19h15.