Comment les fouilles du tombeau d'Amphipolis ont rendu sexy l'archéologie

GRECE La fouille d’un tombeau lié à Alexandre le Grand donne lieu à des découvertes prodigieuses dévoilées de façon inédite par les archéologues…

Benjamin Chapon

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Pieds d'une cariatide découverte dans un tombeau à Amphipolis (Grèce) et dévoilée le 21 septembre 2014
Pieds d'une cariatide découverte dans un tombeau à Amphipolis (Grèce) et dévoilée le 21 septembre 2014 — AP/SIPA

Qui est enterré à Amphipolis? La fouille d’un tombeau monumental donne lieu depuis plusieurs mois à un feuilleton archéologique haletant. Datant de l’époque d’Alexandre le Grand (fin du IVe siècle avant notre ère), le tumulus n'accueille pas la dépouille du mythique conquérant macédonien. En revanche, des indices semblent indiquer qu’il pourrait s‘agir de la tombe de sa mère, de sa femme ou de l’un de ses généraux.

En distillant les informations au fur et à mesure de l’avancée, salle après salle, dans le mausolée, les archéologues entretiennent un suspense qui a fait de la fouille d’Amphipolis un événement planétaire. La télévision japonaise NHK a dépêché un envoyé spécial sur place, tout comme la BBC ou CNN. Leurs reportages présentent l’épopée archéologique comme un nouvel épisode des aventures d’Indiana Jones. «Les télévisions réclament des images, nous avons donc réalisé des vues en 3D du tombeau, raconte Eirini Peristeri, la responsable presse de la fouille. Notre travail consiste aussi à modérer leur enthousiasme en expliquant qu’il s’agit d’une recherche scientifique qui réclame de la minutie

Seule fouille grecque en Grèce

En communicant leurs découvertes quasiment en temps réel, les archéologues d’Amphipolis innovent. «Bien sûr, ce mode de communication des données est scientifiquement contestable, estime George Kapral, archéologue spécialiste du monde grec. Mais il a deux avantages. D’abord, il incite les spécialistes à établir des hypothèses, c’est stimulant intellectuellement. Et surtout, il permet une grande publicité autour de l’archéologie. Par les temps qui courent, en Grèce mais pas seulement, cette science a bien besoin de ça.»

L’archéologue fait ici référence aux coupes budgétaires catastrophiques qu’a subies depuis deux ans le milieu de l’archéologie en Grèce. «A part à Amphipolis, il n’y a plus de fouilles menées par des équipes grecques, explique Eirini Peristeri. Les sites ne sont plus gardés, il y a des pillages incessants.» Pourtant, la classe politique continue de clamer son intérêt pour la chose archéologique qui est l’une des mamelles du tourisme. Antonis Samaras, le Premier ministre grec, a lui-même annoncé la découverte d’une mosaïque de trois mètres sur quatre sur le sol de la deuxième salle.

Feuilleton à suivre

Les archéologues avancent dans le mausolée, plus grande tombe jamais découverte en Grèce, et ont déjà découvert des mosaïques, des cariatides et récemment une tête de sphinx sculpté, mais aucun objet. Il semblerait que la tombe ait été pillée il y a longtemps. Le mystère quant à son occupant risque donc de perdurer.

Il faudra pour cela attendre de découvrir ce que les archéologues ont trouvé derrière la minuscule porte présente dans la troisième chambre funéraire.