Fondation Louis Vuitton: Le musée grandiose du bois de Boulogne

ART CONTEMPORAIN L'édifice aux douze voiles de verre imaginé par Frank Gehry a été inauguré vendredi au nord du Bois de Boulogne, quelques jours avant son ouverture au public le 27 octobre… 

Annabelle Laurent

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la Fondation louis Vuitton
la Fondation louis Vuitton — CAU ANTOINE/SIPA

Le vaisseau de la Fondation Louis Vuitton attend ses premiers visiteurs. Par la démesure du projet architectural, l'édifice signé Frank Gehry reçoit tous les superlatifs. Serait-ce le futur plus beau musée de France? «Du monde», même, disent les plus enthousiastes. 

Paris a son Bilbao

C’est quand il est affronté de face que le surnom de vaisseau lui va le mieux. Constitué de douze immenses voiles de verre qu’on croirait gonflées par le vent, le bâtiment, masse d’acier à l’allure étrangement légère, aérienne, s'élève sur un parterre d'eau qui se déverse en escalier à ses pieds. 

Quarante-six mètres de haut, 150 mètres de long, 11.000m2, et cinq ans de travaux et d'innovation -trente brevets ont été déposés, un cas inédit- pour un projet né en 2001, quand le président de LVMH Bernard Arnault découvre avec fascination le musée Guggenheim de Bilbao, l’une des œuvres les plus spectaculaires de l’Américain Frank Gehry. L’architecte se voit confier la construction d’un édifice voulu comme la prolongation de la politique de mécénat du groupe, à deux pas du Jardin d’Acclamation, au nord du Bois de Boulogne. 

La Fondation vue de face. Crédit: A.Laurent

Quand Frank Gehry visite le jardin en 2002, il a «les larmes aux yeux», racontait-il vendredi, à la pensée des «souvenirs dont il est rempli». Il «imagine Proust déambulant au XIXe siècle» et décide de s’inspirer de la tradition des architectures en verre comme celle du Grand Palais.

De l’intérieur, l’apparence liquide, presque laiteuse des 3.800 panneaux sérigraphiés surprend. On découvre à travers eux la vue sur le bois, la Défense, la Tour Eiffel, alors qu’on arpente les escaliers qui nous mènent d’un niveau à l’autre, sur le parcours des onze galeries, jusqu’aux trois terrasses. C’est sans doute là, au sommet du navire, entre les voiles soutenues par les poutres d’acier et de bois, que le spectacle est le plus saisissant. Qu’on se dit que les Parisiens ont de la chance. 

Un premier accrochage restreint 

Mais qu’y verra-t-on, dans ce musée? Pour l’instant, le parcours se veut «centré sur la découverte de l’architecture de Frank Gehry», a expliqué la directrice artistique Suzanne Pagé. Avec, au premier niveau, l'exposition des maquettes: il en a fallu une soixantaine avant la modélisation 3D. On découvre la fascination transformation du bâtiment dans l’esprit de son architecte, mais en se passant d'explication: les esprits ingénieurs seront déçus. Les réponses sont dans l'exposition du Centre Pompidou dont celle-ci se veut complémentaire. 

Dans les onze galeries, chacune dotée d’une ouverture - celle de la galerie 10 lui vaut le surnom de «chapelle» - la sélection est pour l’instant restreinte: l'inauguration se veut en trois temps jusqu'en septembre. Le premier accrochage réunit jusqu'au 21 novembre Christian Boltanksi, Pierre Huyghe, Bertrand Lavier, Gerhard Richter et Thomas Schütte. S'y ajoutent sept œuvres déjà conçues pour le lieu, parmi lesquelles des toiles monochromes d’Ellsworth Kelly pour l’auditorium de 400 sièges situé à l’avant et une construction en miroirs d’Olafur Eliasson, en rez-de-bassin. 

Alors, plus beau musée de France? Les férus d'art contemporain en jugeront dans les mois qui viennent. Mais le public sera bien plus large: la fondation table sur plus de 700.000 entrées (à 14 euros en plein tarif) par an. Comme au Guggenheim de Bilbao, on viendra d'abord pour se perdre dans les escaliers et les galeries de cet envoûtant chaos contrôlé propre à Frank Gehry. 

Vue sur La Défense depuis la terrasse centrale. Crédit: A.Laurent.