Nora Hamzawi: «Au bout de trois jours sur scène, je peux plus me blairer»

INTERVIEW Son one-woman show affiche complet trois fois par semaine à Paris, elle est chaque vendredi au «Grand Journal». Rencontre avec une humoriste-chroniqueuse de 29 ans dont le succès ne calme que très modérément les angoisses…  

Propos recueillis par Annabelle Laurent
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Nora Hamzawi
Nora Hamzawi — Sylvain Norget

«Tu cherches à faire passer un message?», lance Nora Hamzawi à son producteur qui nous apporte une bouteille de Contrex. Après le Celsa en parallèle du cours Florent, des scénarios pour Scènes de Ménages et des chroniques pour Glamour, Nora Hamzawi se décide en mai 2012 à quitter son boulot pour se lancer. Trois mois après son élimination d’On n’demande qu’à en rire où Jean Benguigui avait tranché: «Elle ne sait pas bouger, elle ne sait pas jouer».

En cette rentrée, son spectacle affiche complet au théâtre de la République, et on retrouve ses névroses et son débit mitraillette chaque vendredi au Grand Journal.

Jean Benguigui, vous l’avez revu, depuis?
Je l’ai croisé à la gare cet été et il m’a dit «Tu vois, j’avais raison, tu es une bonne chroniqueuse». Comme je suis paranoïaque, je l’ai pris comme «… et pas humoriste», mais il m’a dit qu’il aimait beaucoup mes chroniques. Ça va devenir une saga, Nora et Jean Benguigui! C’est improbable que je parle autant de lui.

C’est qu’on aime les histoires de revanche…
Oui, d’ailleurs c’est un film que je prépare. Un long-métrage sur mon histoire avec Jean Benguigui! Mais ça a quand même été déclencheur. Pour comprendre qu’il ne faut surtout pas, dans ce métier, se demander ce qui plaît aux autres.

Quel exercice est le plus difficile, la scène ou le «Grand Journal»? 
Mon vrai problème c’est moi, pas les autres. A la télé je me dis que les gens ont rien demandé, ils allument leur télé et paf! Je suis dans leur écran. J’ai l’impression de m’imposer… Après je suis conne, je vais voir les réseaux sociaux.

Vous lisez Twitter? C’est maso, ça.
Bien sûr. Enfin, de moins en moins, et les gens sont plutôt bienveillants. Bon, il y a eu des propos racistes très forts mais là, je me dis que c’est eux qui ont un problème. Un jour j’ai eu: «Elle pue la merde», bon… Après, certains disent «cette fille m’insupporte» et en même temps je les comprends, moi aussi je m’insupporte. J’ai envie de leur dire, «on a quand même un point commun»!

Que vous a demandé Canal+? «Viens une fois par semaine, et sois toi»? 
C’est tout, oui. J’ai essayé de leur expliquer que c’était compliqué, comme j’avais toujours pas bien compris qui j’étais.  

Comment procédez-vous pour écrire la chronique? 
Mon personnage ramène toujours le truc à elle, donc je réfléchis à ce que ça provoque en moi. Par exemple face à Jean Galfione: le mec saute à la PERCHE, ça ne veut RIEN DIRE! Ça part de là. Avant il me fallait une journée pour réfléchir, une nuit d’insomnie, une journée pour écrire, une autre pour la relire et tout détruire. Là j’écris plus proche de l’échéance. J’aimerais avoir moins peur.

Ca vient de là, ce débit très rapide?
C’est un mélange de mauvais débit dû au stress, et de vrai débit dû à l’humeur survoltée du personnage. Mais les gens qui prennent des longs temps de pause (elle calme son débit) et qui peuvent respirer, mettre leur main sous le menton... J’adorerais être cette personne-là, mais faut avoir sacrément confiance en soi. 

Nora Hamzawi reste quand même moins complexée que son personnage? 
Je suis un peu moins relou. C’est juste que le personnage, c’est la partie de moi que j’aime le moins. Mais c’est plus intéressant de voir sur scène quelqu’un qui se sent inadapté à la vie quotidienne que quelqu’un de bien dans sa peau. Enfin, je trouve.

Comment s’annonce l’année? 
Au Grand Journal je vais bientôt faire deux chroniques par semaine, ça m’aidera peut-être à moins flipper comme une malade. Je continue mon spectacle, j’ai pas du tout l’impression d’avoir fait le tour. Par contre au bout de trois jours sur scène, je peux plus me blairer. Un jour j’ai pleuré après mon spectacle parce que Frédéric Lopez était dans le public et n’avait pas ri une seule fois. Sauf qu’un an après il m’a dit qu’il n’était jamais venu. En fait, c'était pas lui.