Christian Marclay, l'artiste DJ

EXPO «La musique est un matériau» : telle est l'accroche de la formidable exposition consacrée à l'Américain Christian Marclay, jusqu'au 24 juin au musée de la Musique (Paris 19e). Né en 1955, ce fana du son est un peu l'ancêtre du vidéo-

Marc Héneau
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« La musique est un matériau » : telle est l'accroche de la formidable exposition consacrée à l'Américain Christian Marclay, jusqu'au 24 juin au musée de la Musique (Paris 19e). Né en 1955, ce fana du son est un peu l'ancêtre du vidéo-jockey, version visuelle du DJ. « Replay » présente neuf compilations trépidantes d'images et de sons.Dans « Record Players », des vinyles sont maltraités, rayés, frottés puis fracassés et piétinés. Il s'agit d'« aller à l'encontre de la fragilité du disque et de libérer la musique de sa captivité ». Tour à tour dévoreur de 33-tours ou inventeur du Phonoguitar (un tourne-disque pour jouer les guitar hero), Marclay le performer offre des condensés bruts d'énergie. Avec « Crossfire », nous voici cernés de quatre écrans, dans la ligne de mire d'obsédés de la gâchette, tout droit sortis de Pulp Fiction ou de Scarface. L'effet est saisissant et la pétarade vite insupportable. On termine la visite par « Video Quartet », point d'orgue de l'exposition. Sur quatre écrans juxtaposés sur dix mètres de long, ce collage d'extraits de films devient par la subtilité du montage un emballant poème visuel et sonore. Ingrid Bergman, pianiste romantique, y dialogue avec Sean Penn, guitariste déchaîné. C'est drôle, émouvant, surprenant : quatorze minutes de pur bonheur.