David Foenkinos: «J’ai parfois pensé que Charlotte serait un livre confidentiel»

INTERVIEW L’auteur de la «Délicatesse» signe son meilleur démarrage avec «Charlotte», son hommage à l’artiste Charlotte Salomon paru fin août…

Annabelle Laurent

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David Foenkinos, auteur de Charlotte (Gallimard, 2014)
David Foenkinos, auteur de Charlotte (Gallimard, 2014) — BALTEL/SIPA

Trois adolescentes se jettent sur lui pour obtenir un selfie. «J’ai a-do-ré votre livre, m’sieur». Présent pour la 3ème fois dans la 1ère sélection du Goncourt, et donc dans la liste des auteurs lus pour le Goncourt des Lycéens, dont 20 Minutes est partenaire, David Foenkinos affrontait jeudi, comme 11 autres auteurs, les questions de plusieurs centaines d’élèves chargés d’élire leur lauréat le 18 novembre prochain.

L’occasion de revenir avec lui sur le succès de Charlotte, un hommage personnel à l’artiste Charlotte Salomon, assassinée en 1943 à Auschwitz.

>> Rentrée littéraire: On a lu… «Charlotte» de David Foenkinos

Vous êtes dans les secondes listes du Goncourt et du Renaudot, les libraires plébiscitent votre livre, numéro 1 de leur palmarès, la critique est séduite. Cette rentrée littéraire vous réussit plutôt bien…

Ce livre pouvait paraître tellement différent de mes autres livres. J’ai fait le livre que je voulais faire. Dans sa forme, dans le ton. J’apparais dans le livre à la première personne. J’ai pensé à certains moments que ce serait un livre confidentiel. Et c’est mon plus gros démarrage… C’est aussi la fois où j’étais le plus heureux d’être sur la liste du Goncourt parce que je me suis dit que tous les jeunes allaient découvrir cette femme qui peut aussi être un exemple pour eux. Sa vie est parlante à cet âge-là, où on peut souvent être dans la souffrance. Avant d’être rattrapée par la barbarie, elle va surmonter des difficultés et chercher une grande force de lumière, ce qu’elle a de plus beau en elle, pour pouvoir créer. 

Les lycéens vous applaudissent, réclament des selfies, des dédicaces. Comment vivez-vous cet accueil?

Il y a cinq ans, c’était très, très surprenant! L’accueil est tellement chaleureux, ils sont hyper mignons. Les écrivains ne sont pas habitués à être applaudis comme ça. A vrai dire j’aurais adoré, à 16 ou 17 ans, pouvoir rencontrer de vrais écrivains, comme la littérature au lycée, ce n’est que des auteurs morts. Et heureusement qu’il y a un peu d’excitation parfois sur les écrivains, c’est tellement rare. Ça nous fait du bien, aussi. Et puis quand je vendais très peu de livres, à la parution de la Délicatesse, le Goncourt des Lycéens lui a donné beaucoup de lumière, je dois beaucoup à ce prix. 

Leur approche, leurs questions sont différentes?

Souvent originales. Une m’a dit, «qu’est-ce que vous diriez à quelqu’un qui est sceptique sur votre livre?» C’est drôle comme question. J’ai aussi été très surpris par une jeune fille qui a parlé de la violence du grand-père à l’égard de Charlotte, ce qui est très subtil dans le livre. Ça fait cinq semaines que je rencontre des lecteurs, personne n’avait évoqué ça. Et ce n’est jamais anodin.

Vous avez parlé d’une exposition sur Charlotte Solomon prochainement à Nice? 
Au-delà de mon livre je mets beaucoup d’énergie pour qu’on redécouvre Charlotte Salomon. Il va y avoir une grande exposition à Nice à la rentrée prochaine, et pendant tout l’été à Villefranche-sur-mer [où Charlotte Salomon  a produit dans l’urgence, de 1940 à 1942 près de 800 gouaches, textes et partitions qui forment Vie? Ou Théâtre?].

Le 27e Goncourt des lycéenscréé par la Fnac et le Ministère de l’Éducation nationale, sera remis le 18 novembre à Rennes. Depuis le 4 septembre, près de 2.000 lycéens sont plongés dans la lecture de 15 livres, ceux de la première liste du Goncourt