«Not that kind of girl» de Lena Dunham: Les mémoires d'une jeune fille pas rangée

CULTURE L’essai autobiographique de la créatrice de la série d’HBO «Girls» paraît ce jeudi en France…

Annabelle Laurent

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Lena Dunham, créatrice de la série
Lena Dunham, créatrice de la série — Autumn de Wilde

Lena Dunham n’est pas le genre de fille à garder des secrets. Elle en a déjà dit, et montré beaucoup dans sa série Girls, à travers son personnage d’Hannah, jeune new-yorkaise paumée, monstre d’égocentrisme et de drôlerie, largement inspirée d’elle-même. Que dit-elle de plus avec Not that kind of girl?

Ukulélé

De l’autre côté de l’Atlantique, le livre est paru le 30 septembre et Lena Dunham enchaîne les dédicaces aux côtés des gymnastes et joueurs de ukulélé qui l’accompagnent: elle trouvait la tournée traditionnelle «un peu chiante». La majorité des critiques sont enthousiastes, le New York Times l’a trouvé «sincère, fin, et drôle», Lena Dunham peut savourer: il y a deux ans, c’est l’agacement qui avait primé, quand était révélé le contrat signé avec Random House.

Plus de 3,5 millions de dollars pour un livre qu’elle n’avait pas encore achevé, au terme de deux jours d’enchères entre 19 éditeurs autour d’une proposition de 66 pages. A l’époque, seule une saison de Girls avait été diffusée. Lena l’avait-elle mérité?

Having it all

Et puis, que valent les «mémoires» d’une jeune fille de seulement 28 ans? «Je prévois déjà la honte qui va me submerger pour avoir la prétention de penser que j’ai quelque chose à vous offrir», répond Lena Dunham en préambule. «Anti-guide à l’usage des filles d’aujourd’hui», a sous-titré l’éditeur français Belfond, car Not that kind of girl mêle le guide girly, identifiable à ses listes à la Bridget Jones (18 de mes tirades improbables en mode aguicheur) et l’autobiographie, que Lena espère bénéfique: «Si mon expérience pouvait vous empêcher de faire l’amour avec le sentiment que vous devez garder vos chaussures aux pieds au cas où vous auriez besoin de détaler séance tenante, alors toutes mes erreurs n’auront pas été vaines».

Elle-même avait été inspirée par Having it all, un manuel aux conseils ridiculement ringards et sexistes, mais qui décrivait «une vie plus riche du fait d’avoir été ni jolie, ni spéciale, ni bien gaulée». A une époque où elle se haïssait encore plus qu’aujourd’hui, cela avait fait tilt.

Chasse au glamour 

On savait Lena Dunham névrosée, accro à son psy, ses médicaments, ayant souffert de TOC étant plus jeune, comme Hannah dans un épisode de la saison 3 de Girls. Avec la même recette qui fait la série- autodérision et chasse à la moindre once de glamour - Not that kind of girl prolonge l’épanchement narcissique, mais toujours aussi honnête: «Je ne suis pas une narratrice fiable», reconnaît-elle, avouant que sa petite sœur ne reconnaît aucun des souvenirs communs qu’elle prétend avoir avec elle. 

Il y a ce qu’elle n’enjolive pas: sa première fois tardive, interrompue par le «Mazel tov!» de sa meilleure amie, ses dizaines de plans foireux, sa sexualité embarrassante jusqu’à rencontrer le «vrai gentil» dont elle est amoureuse. Il y a aussi le récit, plus grave, de l'agression qu’elle a subi, à la fac, après une fête. Sa meilleure amie l'aide à comprendre qu'il s'agit d'un viol. Sur le moment, elle éclate de rire. 

Insomnies, psy et hypocondrie 

Ses insomnies, son hypocondrie, sa relation fusionnelle avec sa sœur dont elle a partagé le lit jusqu'à ses 17 ans, son attachement viscéral à New York (classé au chapitre «Amitié»), sa psy qu’elle a appelé à toute heure et des quatre coins du monde.

Not that kind of girl ne réconciliera pas ceux que Lena Dunham agace, et amusera -  à défaut, peut-être, de réellement inspirer - ceux que la somme de ses accomplissements, à seulement 28 ans, laisse pantois. 

Et si vous trouvez que tout cela n'a pas grand intérêt, Lena Dunham a sa réponse. «C'est une réaction genrée. Quand les femmes partagent leurs expériences, les gens trouvent qu'on en dit trop. Quand les hommes le font, c’est jugé courageux».