«Eve Online»: Coups bas, géopolitique et capitalisme dans l'espace

JEU VIDEO Onze ans après sa création, «Eve Online» sort en version française. L'occasion pour de nouvelles recrues de découvrir un monde persistant où tous les coups sont permis...

Joel Metreau

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Des vaisseaux spatiaux dans
Des vaisseaux spatiaux dans — CCP

Quand le musée d'art moderne de New York, a décidé d'acquérir en 2012 des jeux vidéo pour sa collection permanente, Eve Online a fait partie des heureux élus parmi Pac-Man et Tetris. Une belle reconnaissance pour ce jeu massivement multijoueur en ligne, né en 2003, un an avant l'emblématique World of Warcraft. Depuis le 30 septembre, il est disponible en français sur PC. La spécificité de Eve Online, c'est qu'on n'y contrôle pas des avatars, mais une flotte de vaisseaux dans l'espace. «Visuellement, on a pris une approche industrielle dans le design, à l'image du vaisseau de transport dans le film Alien. On s'est aussi inspirés des travaux de Moebius», note Benjamin Bohn, développeur chez CCP Games, l'éditeur islandais de Eve Online.

«Les joueurs fixent les prix du marché»

«Mais CCP ne les fournit pas les vaisseaux, c'est aux joueurs de les produire, raconte Laurent Jay, qui dirige l'alliance francophone Echoes of nowhere. Eve, c'est basé un système économique, avec des ressources à gérer, des minerais à exploiter sur les lunes et les planètes... C'est presque un système capitaliste à outrance. Les joueurs fixent les prix du marché. Et plus une coalition est grosse, plus elle peut prendre le monopole sur des ressources.» Avec ses risques de coups bas et de trahisons... «C'est comme un bac à sable, on peut construire son château ou aller détruire celui de son voisin», pointe Guilhem Marin, designeur senior chez CCP Games.

Deux mercenaires

Sveinn Jóhannesson Kjarval, porte-parole de CCP, aime se rappeler des histoires célèbres, comme celles de deux mercenaires qui avaient signé un contrat pour détruire une corporation. Ils se sont faits recruter par elle et ont commencé en bas de l'échelle. Petit à petit, ils se sont élevés dans les rangs, ont gagné la confiance des leaders. Dix mois plus tard, ils ont eu accès aux finances. Et ils ont vidé le compte en banque... «Nous n'avons rien fait pour les en empêcher, c'est une rupture de confiance entre personnes. Ce n'est pas notre problème, mais le leur, sourit Sveinn Jóhannesson Kjarval. Il faut faire attention à qui l'on fait confiance, garder ses amis près de soi et ses ennemis encore plus près...»

Une bataille entre 3.000 joueurs

Des incidents peuvent déboucher sur des guerres. L'un des combats les plus importants, connue sous le nom «la bataille de B-R5RB»  a eu lieu en janvier dernier, opposant 3.000 joueurs en même temps, dans un même lieu. Les dégâts qu'elle a causés sont même estimés à près de 225.000 euros. Eve Online se jouant sur un seul serveur, les 500.000 joueurs du monde entier peuvent se retrouver ensemble. Du coup, une véritable géopolitique s'est mise en place. Sveinn Jóhannesson Kjarval se souvient: «Une grosse alliance russe combattait des Scandinaves, beaucoup moins nombreux. Mais ces derniers résistaient et avaient toujours plus de vaisseaux. Du coup, les Russes ont envoyé des espions et se sont aperçus qu'une alliance américaine finançait en sous-main les Scandinaves...» Négociations, pourparlers, armistice... Pour exceller dans Eve Online, il faut non seulement connaître les rouages du commerce, mais aussi être fin diplomate. Benjamin Bohn remarque: «Les joueurs développent des connaissances dans le jeu qu'ils peuvent mettre en pratique dans la vraie vie.»