Lisa Simone: «Maman ne voulait pas que je devienne chanteuse»

MUSIQUE La fille de Nina Simone sort son premier album à 53 ans...

Benjamin Chapon

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Lisa Simone
Lisa Simone — Frank Loriou

«Oui, je suis bien la fille de Nina Simone.» Aujourd’hui, Lisa Simone dit cela en rigolant. Alors que sort son premier album, All is Well (Tout va bien), la chanteuse de 53 ans assume enfin sa filiation.

«Je suis fille unique et peu de monde connaît mon existence. J’ai une sorte de double absence à combler. Mais je n’ai pas soif de gloire ou de reconnaissance. J’ai soif de musique, j’ai soif de concerts.»

Un CV atypique

Avant de sortir cet album, plutôt jazz-soul mais tellement de choses encore, Lisa Simone a voyagé. Plus que quiconque.

Son Curriculum Vitae est hallucinant. Avant de lancer sa carrière solo (accompagnée d’un trio expérimenté), Lisa Simone a fait ses armes à Broadway avec onze spectacles. Et avant cela, elle a travaillé onze ans dans l’US Air Force… «Il m’a fallu beaucoup de temps pour admettre que je voulais devenir chanteuse. Puis il m’a fallu du temps pour apprendre ce métier. Puis il m’a fallu du temps pour oser chanter mes propres chansons. Mais ce temps-là était nécessaire. Je n’ai pas de regrets.»

Le Limousin, terre d’asile

Un des déclics a été la rencontre avec Jean-Michel Leygonie, directeur artistique de Laborie Jazz. «J’ai appris à faire confiance aux gens et cette rencontre est arrivée à un moment de ma vie où je voulais croire dans les miracles, les instants providentiels, raconte Lisa Simone. L’avenir m’a prouvé que j’avais eu raison.»

La grande voyageuse, qui enfant a souffert de «ne jamais faire deux rentrées scolaires de suite dans le même pays, s’installe alors en France et va enregistrer son album dans le manoir-studio de Laborie Jazz, dans la campagne limousine.

L’amour d’une mère et de la musique

Le résultat de ces quelques jours de travail est bouleversant. Les experts dénicheront quelques hommages à Nina.

«J’aime infiniment ma mère, raconte Lisa Simone. C’est vrai que son mode de vie, ses combats, ses passions étaient peu compatibles avec l’éducation d’une petite fille. Mais ce qu’elle m’a transmis est très précieux à mes yeux. C’est l’amour de la musique.»

Ni plus facile, ni plus difficile

«Mes parents ont vraiment essayé de me dissuader de tenter cette carrière-là, se souvient Lisa Simone. Je savais que je ne recevrais aucune aide de leur part, sinon des encouragements bienveillants une fois qu’ils ont compris que ma décision était prise.»

Sans renier son nom, qu’elle a un temps caché avec celui de son mari, Lisa Simone n’a jamais voulu en faire un sésame. «Ma carrière n’a pas été ni plus facile ni plus difficile que celle d’une autre qui n’aurait pas mon nom de famille. En revanche, ça a été difficile pour moi de me construire une identité musicale qui assume l’héritage et, en même temps, fasse de la place à ma propre sensibilité.»

L’objectif est magnifiquement atteint. Et l’expérience de la scène accumulée par Lisa Simone avant l’aboutissement que représente pour elle ce disque, laisse présager de merveilleux concerts à venir.