Iouri Lioubimov
Iouri Lioubimov — Sel Ahmet / Sipa

DECES

Iouri Lioubimov, le géant du théâtre russe est mort

Iouri Lioubimov, figure majeure du théâtre russe, est décédé dimanche à 97 ans...

Metteur en scène sous surveillance à l'époque soviétique, directeur du théâtre de la Taganka à Moscou dont il avait fait un haut-lieu de l'avant-garde nonconformiste, Iouri Lioubimov, mort dimanche à 97 ans, a été un symbole de la résistance intellectuelle en URSS.

Un artiste qui avait réussi à préserver un espace de liberté

Il restera avant tout comme un artiste qui a réussi à préserver un espace de liberté culturelle malgré le contrôle idéologique du parti communiste et la grisaille imposée par la bureaucratie soviétique.

Monstre sacré de la scène moscovite, Lioubimov est né avec la révolution de 1917 à Iaroslavl (nord) dans une famille de riches négociants rapidement dépossédée par le régime bolchévique. Il commence sa carrière dans un théâtre de Moscou avant d'être enrôlé pendant la seconde guerre mondiale dans une troupe du NKVD (futur KGB) qui se produit au front.

Un rôle majeur dans le dégel artistique des années 1960

Jeune premier dans des films de propagande soviétique comme La jeune garde, marié après la guerre à une vedette du cinéma stalinien, il joue un rôle majeur dans le dégel artistique au début des années 1960, quand le leader soviétique Nikita Khrouchtchev lance une timide déstalinisation.

Ami des grandes figures de l'époque, comme le poète et écrivain Boris Pasternak et l'auteur de l'Archipel du goulag Alexandre Soljenitsyne, Iouri Lioubimov adhère au Parti communiste, une obligation pour exister sur la scène officielle.

En 1963, son premier spectacle, La Bonne Âme de Se-Tchouan de Berthold Brecht, attire le tout-Moscou. Il obtient la direction de son propre théâtre, place de la Taganka. Le théâtre de la Taganka va devenir une scène emblématique du dégel et incarnera un îlot de relative liberté pendant la stagnation des années Brejnev.

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Six années d'exil

En 1984, de passage à Londres pour monter Crime et châtiment, il donne une interview qui déplaît au Kremlin. «Nous avons vu votre crime, vous allez voir le châtiment», lui lance alors un diplomate soviétique. Quelques jours plus tard, Lioubimov est déchu de sa nationalité et doit rester à l'Ouest. Après six ans d'exil, devenu citoyen hongrois et israélien, il revient à Moscou en pleine perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev.

En 2011, à 93 ans, il quitte le théâtre de la Taganka, après un conflit avec ses acteurs. Réfugié dans un autre théâtre de Moscou, il consacre aux révoltés son dernier spectacle, Les Possédés (2012) d'après Dostoïevski, qui recevra un accueil mitigé.