Helen Fielding, créatrice de «Bridget Jones»: «Ses histoires sont toujours inspirées de la réalité»

INTERVIEW L’auteur de Bridget Jones a renoué avec son héroïne après 15 ans d’absence. Rencontre à Paris pour la parution française du troisième tome ce mercredi…

Annabelle Laurent
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Helen Fielding en octobre 2013 à Londres
Helen Fielding en octobre 2013 à Londres — Dominic Lipinski/AP/SIPA

Helen Fielding, 56 ans, est une auteure discrète. En 1995, c’est sous pseudonyme qu’elle racontait les histoires de Bridget Jones dans The Independent. Avant le succès fracassant des deux tomes, écoulés à plus de 15 millions d’exemplaires, et des deux films. Nous la retrouvons dans un hôtel parisien, pour la parution française du troisième tome, déjà best-seller outre-manche. Quinze ans ont passé, Bridget est veuve, flanquée de deux enfants, d’un «toy-boy» de vingt ans de moins qu’elle... et toujours aussi drôle. 

Pourquoi ce troisième tome si tard… Au bout de 15 ans d’absence?
Je n’avais rien à dire! Je n’avais pas d’histoire. J’ai écrit un roman d’espionnage, qui n’était pas super, quelques scénarios, j’ai eu mes enfants. Ecrire après le succès des premiers aurait été facile, mais il s’agissait de l’intégrité de Bridget et de ma liberté d’écrivain.

Comment est-elle finalement revenue?
J’ai commencé en 2001 un roman dont elle n’était pas l’héroïne, mais je me suis rendue compte après quelques mois que c’était sa voix. Ce n’était pas calculé!

On retrouve donc Bridget à 50 ans…
C’était important pour moi. La Bridget trentenaire se battait contre le stéréotype de la future vieille fille stérile qui va mourir seule avec son chat. C’était un cliché des années 1990, qui ne représentait plus les femmes de l’époque. Un peu comme aujourd’hui et les «femmes mûres», qui, si je me fie à celles que je vois autour de moi, sont toujours sexy, font du shopping chez Zara, sortent et boivent des verres! Bien sûr mon livre n’est pas un essai sociologique, mais j’ai réalisé que c’était l’un des thèmes.

Bridget est une fan de Twitter. Et vous?
Je l’ai pas mal utilisé pour voir, mais j’ai dû arrêter, j’étais obsessionnelle, je n’arrivais plus à vivre ma vie! Pour moi, c’est un concours de popularité géant, comme Facebook, c’est un monde très dur, un champ de mines.

Et les applications de rencontre comme Tinder?
Je me suis renseignée et je me suis fait plusieurs profils, avec d’autres photos, pour ne pas qu’on me reconnaisse! C’est vraiment intéressant car d’un signe de désespoir, c’est devenu la norme. C’est comme ça que les gens se rencontrent aujourd’hui.

Pour toutes ces anecdotes, vous prenez des notes, sur votre quotidien?
Depuis des années, oui. Ca a commencé quand j’ai eu ma fille, par césarienne, donc je savais quand elle allait naître, quel prénom on lui donnait. Avant d’aller à l’hôpital, j’ai écrit un mail collectif pour annoncer la nouvelle, je préparais ça à l’avance pour mon mari… Au lieu de cliquer sur «Sauver», j’ai cliqué sur «Envoyer à tous.» J’ai dû envoyer un second mail, «je suis vraiment désolée, je n’ai pas encore accouché»! J’ai plein de petits dossiers avec ce genre d’histoires drôles sur mon ordinateur.


Inspirées de votre vie et de celle des autres?
Oui, ce que me dit l’esthéticienne sur ses «rendez-vous»… Les gens ont tendance à se confier à moi à cause du livre. Je demande toujours l’autorisation de les utiliser. Donc les histoires de Bridget sont toujours inspirées de la réalité, mais exagérée pour la comédie. Ce qui a failli leur arriver arrive à Bridget, par exemple.

Vous avez aussi intégré des scènes de sexe…
Je m’y suis risquée pour la première fois depuis mon premier livre, où j’avais faxé le passage à mon meilleur ami gay, qui s’était tellement moqué que je ne l’ai jamais publié. Il m’en parle encore! En Angleterre on a un «Prix de la plus mauvaise scène de sexe» et j’étais nominée! Finalement ils ont trouvé que ce n’était pas si mauvais…



Comment s’est passé le lancement en Angleterre?
Je me souviens surtout de quand la nouvelle de la mort de Mark Darcy est sortie. C’était sur la BBC, Je regardais le JT en pyjama, il y avait la crise en Syrie… et la mort de Mark Darcy à la télé. Les gens me criaient dans la rue: «Vous avez tué Colin Firth!».

Les premier tomes avaient été critiqués, notamment par les féministes…
J’avais écrit cette phrase: «Il n’y a rien de moins attractif pour un homme que le combat féministe». Je savais que ça n’allait pas plaire. Mais c’est de l’ironie. Si tu ne peux pas te moquer de toi-même en tant que femme, tu n’es pas sur un pied d’égalité, non?

Le troisième film, en discussion, se ferait donc sans Colin Firth…
Oh, si, il pourrait continuer à apparaître! Dans ses souvenirs! Et Daniel (Hugh Grant) est dedans, aussi. Donc il y aurait beaucoup d’hommes sexys. Et (les yeux qui roulent) je pourrais m’occuper du casting.

Ou incarner Bridget?
Qui, moi?!

Bridget Jones, folle de lui, Helen Fielding, Albin Michel, 21, 50 euros, en librairie le 1er octobre

Le Journal de Bridget Jones et Bridget Jones, l'âge de raison, J'ai Lu, 6,90 euros.