The Libertines au Zénith: On y était

CONCERT Rabibochés, collés amoureusement au même micro, Pete Doherty et Carl Barât ont renvoyé mardi soir le public du Zénith au début des années 2000...

Annabelle Laurent

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Les Libertines en concert à Londres le 26 septembre 2014
Les Libertines en concert à Londres le 26 septembre 2014 — DSQ/WENN.COM/SIPA

Pete Doherty aurait pu ne pas venir. Se pointer avec trois heures de retard. Ou allègrement défoncé. Un doute sur le troisième point, mais négatif pour les deux premiers: à 21h30, presque à l’heure, ils sont bien là, Pete, ses cheveux gras, son chapeau, Carl Barât en veste rouge pétard, face à tous ceux qui les ont aimé il y a dix ans, pour seulement deux albums: Up the Bracket (2002) et The Libertines (2004).

They get along

Naïvement, peut-être, on pensait trouver le Zénith bondé. Loin de là. Des rangs vides sur les hauteurs, une fosse peu étouffante, plutôt sage, mais pas moins incollable sur les paroles des vingt titres que vont enchaîner les deux sales gosses (avec quelques rides de plus) jusqu’à 23 heures et quelques.

Ceux qui sont allés jusqu’à scruter la setlist des trois concerts donnés à Londres de vendredi à dimanche se seront un peu gâché la surprise: elle est presque identique, de The Delaney à I Get Along, avec tous les incontournables (des moments d'emballement sur What Katie Did, Can’t Stand Me Now, Don’t look back Into the Sun), et deux outsiders, The Ballad of Grimaldi, tiré de l’album de Pete et interprété par Carl, et Fuck Forever des Babyshambles.

A l’aube de l’an 2000

Dès Vertigo, le troisième morceau, les chanteurs se collent au même micro. Distance d’un millimètre entre eux, pour bien appuyer le message: on a passé l’éponge. Oubliées, les disputes – le cambriolage, les bastons- qui avaient fait exploser le groupe en plein vol au début des années 2000. C’est reparti pour un tour.

Et c’est plutôt bien reparti. Un peu brouillon, parfois un peu trop expédié à notre goût, sans doute pas aidé par la sono réputée mauvaise du Zénith, mais pas d’arnaque: on avait signé pour prendre un bon shoot de nostalgie, on l’a. Les groupies de Pete Doherty sont sans doute accoudées aux barrières tout devant, mais dans la fosse, le public - disons entre 20 et 35 ans - est venu pour retrouver la fougue, l'énergie débridée d'un groupe qui lui en a fait baver, avec ses annulations et autres surprises du genre, mais lui a aussi fourni une playlist indémodable mille fois écoutée ces dix dernières années.

Vive le saucisson

Fin du concert, Pete Doherty veut jouer au con, il saute sur son ex/nouveau meilleur ami, ils tombent tous les deux, affalés sur la batterie. Trente, soixante secondes, deux minutes, on se demande quand ils vont se relever, comme le batteur Gary Powell et le bassiste John Hassall, l'air mi-inquiet, mi-consterné par des enfantillages qu'ils connaissent bien. A les voir de nouveau sur pied, on se dit que Pete Doherty s'en est bien sorti, s'il était défoncé tout du long. 

Un peu distants, asborbés dans leur cocon d'amour, les Libertines n’auront, au public, pas dit grand-chose. De Pete, on retiendra le «Vive le saucisson!» (un fan très attentionné lui en avait jeté un sur scène). Et de Carl, le «See you la prochaine fois pour de nouvelles chansons». Si tout se passe bien. Shoop shoop, shoop delang-delang.