Bernard Werber: «Je défends la biodiversité comme une forme d’évidence»

VOS QUESTIONS L'écrivain français vous a répondu...

Cédric Garrofé

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Bernard Werber était en chat à 20 Minutes, le 1er octobre 2014.
Bernard Werber était en chat à 20 Minutes, le 1er octobre 2014. — A. Delaunoy / 20 Minutes

Le chat est terminé

Je suis conscient que j’existe grâce à vous. Sans lecteurs un auteur n’existe pas. Donc la phrase de fin est «Merci de continuer à me lire, cela me permet de continuer d’écrire». Et j’ai encore plein d’idées… Et si je ne devais garder qu’un mot… MERCI.

Eldroyn : Bonjour, Je réside en Angleterre et j'ai hâte de trouver votre nouveau livre en librairie lors de ma prochaine visite en France. D'où vous vient cette envie de rechercher toutes les alternatives possibles à la réalité, telle que nous la connaissons?

Hé bien Eldroyn, je crois que cette envie me vient tout simplement de la lecture de romans de SF. Tout d’abord «Fondation» d’Asimov, puis «Dune» de Franck Herbert, puis «Ubik» de Philip K Dick. 

J’espère ouvrir les esprits, comme ces auteurs m’ont ouvert le mien. Je crois au pouvoir des livres de changer le monde en changeant les manières de voir et en posant de nouvelles questions.

Titou: Bonjour, votre livre est-il optimiste? J'approche la cinquantaine et j'ai envie de rêver! 

Oui Titou.

Anthony: Ma copine coréenne est une grande fan. Elle aimerait savoir ce que vous pensez de votre succès en Corée, et quel rapport vous entretenez avec votre public asiatique?

J’adore la Corée (j’en ai déjà parlé précédemment) parce que j’ai appris à la connaître. Ce pays a connu beaucoup de malheur et s’en est sorti d’une manière extraordinaire alors qu’ils sont entourés de pays hostiles voire d’un tyran fou (Corée du nord).

Sans matière première, sans pétrole, sans aide, ils ont pourtant réussi à devenir un pays majeur au point de vue industriel mais aussi culturel.

Je vous conseille d’ailleurs de découvrir les films coréens (parfois violents) comme «Old Boy», «The Chaser» (un peu dur quand même), «The Host».

Jalleks: Seriez-vous tenté de participer à des expériences décrites dans vos livres. Comme par exemple embarquer dans le vaisseau papillon des Etoiles?

Je suis prêt à partir demain dans le papillon des Etoiles! J’ai commencé à dessiner des vaisseaux spatiaux à la maternelle et je disais: «Un jour, j’embarquerai là-dedans avec tous mes amis et l’on quittera cette planète».

Charline: Je trouve que vous êtes un écrivain hors norme, hors cadre. Des idées en pagaille, mais tellement bien ordonnées. Comment avez-vous trouvé l'idée d'écrire avec plusieurs points de vue? Est-ce que vous pensez que cela est un peu une marque de fabrique? Vos ouvrages me permettent de m'évader intellectuellement et je vous en remercie.

Exact Charline, il m’a toujours semblé que la meilleure manière de parler de l’homme était de le faire en plaçant la caméra a des points de vue exotiques. 

Depuis l’infiniment petit dans «Les fourmis», l’infiniment grand dans «Nous les dieux», dans les arbres dans l’ «Ami silencieux» ou dans la planète dans la «Voix de la Terre». 

De manière générale j’écris pour ouvrir l’esprit, rendre tolérant, se mettre à la place des autres, y compris de ceux qui ont l’air petits et dérisoires comme les insectes. 

Je ne crois pas que notre corps soit une limite à notre esprit.

Agnès: Vous inspirez-vous de vos rêves pour écrire vos romans?

Oui! J’oubliais cela dans mon rituel journalier. Le premier de mes gestes consiste à noter mon rêve. C’est toujours une source d’idées.

Thomas: Vous avez récemment cité vos 10 livres préférés. Je me demandais quels étaient vos films favoris. Mon petit doigt me dit que «2001, l’Odysée de l’espace» et «Blade Runner» seraient dans votre top.

Bravo Thomas! C’est exactement ça. Ensuite ça varie «Jonathan Livingstone, le goéland», «Brazil», «Le prestige», «Il était une fois la révolution», «Mon oncle d’Amérique» ….

Bertrand: Comment vivez-vous la façon dont l'Homme détruit son monde et pensez-vous que cette autodestruction puisse être évitée?

C’est l’enjeu de notre génération Bertrand. Avant on subissait l’évolution, maintenant nous la choisissons. Nous sommes tous responsables. Mais avant de réfléchir comment aller mieux de l’avant, trouvons comment éviter de faire marche arrière vers l’obscurantisme de nos ancêtres. 

Il y a un risque réel de retour au Moyen Âge, et c’est à nous de trouver les moyens d’aller vers l’humanisme et non la barbarie.

Rémi: A quand un roman des fourmis sur les exo planètes?

Dans «Le papillon des étoiles» mes héros découvrent une exo planète. Et ce genre de scénario me semble crédible.

Agnès: De qui vous sentez-vous le plus proche: une fourmi, un scientifique curieux et humaniste, une femme forte et indépendante, un ange gardien, un vieux géant atlante, un dieu en formation ou un micro-humain?

Un écrivain chauve à lunettes!

Elise : Au vu de ce qui se passe dans le monde, pensez-vous que l'humanité a un avenir?
Je crois aux «Happy End». L’histoire de l’humanité est un roman qui est rempli de suspense et à la fin qui se termine bien. 

Pour l’instant les dangers semblent nombreux, mais c’est tout le génie de l’homme, il sait se remettre en question, s’adapter, imaginer des solutions nouvelles. 

Je crois qu’on fait trois pas en avant, deux pas en arrière, puis à nouveau trois pas en avant et au final on avance. L’empire roman a été détruit par les barbares en l’an 500 mais 1000 ans plus tard, avec la Renaissance, l’évolution a repris.

Agnès: Pourquoi la femme a une importance plus grande que l'homme dans vos romans?

Parce qu’actuellement il me semble qu’elles sont écrasées dans le monde et qu’elles ont une revanche à prendre.

C’est une forme de résilience planétaire. Quand je dis dans le monde, ce n’est cependant pas en Europe ni en Amérique. C’est plutôt en Chine, en Inde, en Afrique, au Moyen Orient. 

On a l’impression que les hommes maintiennent les femmes en pression de peur qu’elles réussissent mieux que les hommes… Dommage.

Laurie: Quelle relation entretenez-vous avec la Terre?

Je marche dessus. Parfois pieds nus.

Julien: Quand écrivez-vous? Et dans quelle condition le faites-vous? Vous êtes un peu comme Maxime Chattam, à vous recueillir la nuit dans un bureau un peu bizarre où est exposé un loup-garou pour trouver l'inspiration?

J’ai un rituel d’écriture. J’écris de 8h à 12h30, tous les jours, quoi qu’il arrive, même en vacances. J’écris en général dans un café, avec mon portable, et je bois du thé vert.

Ensuite dans le soir entre 18h et 19h, j’écris une nouvelle. Et entre 19 et 20h je fais du vélo d’appartement en regardant 52 minutes de série (actuellement je regarde la saison 2 de «Master of Sex»).

Sinon je crois comme Maxime qu’il faut la régularité, c’est ce qui différencie l’écrivain amateur du professionnel. Ecrire c’est un marathon pas un sprint.

Une fois qu’on a trouvé son rythme il faut tenir sur la longueur sans s’arrêter.

Agnès: En Corée vous êtes une superstar, comment expliquez-vous cet engouement? Pensez-vous que la petite taille des Coréens fasse d'eux, des êtres futuristes, comme les micros humains?

Les Coréens sont très tournés vers le futur. Ils ont vraiment envie de savoir tout ce qui est nouveau et qui va bouger le monde. Ils adorent l’originalité et les thèmes du futur. 

C’est peut-être pour cela qu’ils sont en train de devenir les meilleurs dans les hautes technologies. Et ils s’inspirent des concepts de mes livres pour faire des recherches. 

Actuellement le projet de film sur «Les Fourmis» est d’ailleurs développé à Séoul. C’est dommage qu’aucun producteur français n’ait voulu y aller.

Agnès: Vous êtes un créatif talentueux, touchant à la littérature, au théâtre, au cinéma, à la bande dessinée... Pourquoi ne créez-vous pas vos couvertures de roman alors que l'on vous prête des qualités d'illustrateur?

Merci Agnès… J’y participe souvent, mais je ne dessine quand même pas suffisamment bien pour avoir cette prétention!

Bonjour Bernard. A quand un retour au cinéma, comme réalisateur?

Je suis actuellement en train de mettre au point une série de science-fiction à Los Angeles avec une équipe franco-américaine.

Lucie: Qu'aimez-vous faire dans la vie quand vous n'écrivez pas?

Tourner des films.

Agnès: Quelle vision du futur possible aimeriez voir gagner personnellement dans un futur proche?

J’aimerais vraiment qu’on arrive à communiquer avec la planète. Cela me semble plus intéressant que de communiquer avec les extraterrestres.

Martine: Pour que les habitants de Gaïa, puissent entendre la voix de la terre, encore faudrait-il que nous parlions un langage universel, basé sur un respect mutuel. Pensez-vous vraiment qu’un jour nous atteindrons une telle osmose?

Oui Martine, on en est loin, mais au point de vue langage universel, l’anglais s’impose désormais .Et au point de vue respect mutuel, il faudra attendre d'aller au bout des erreurs pour que cela devienne une évidence.

Laurent: Comment va Edmond Wells?

Edmond Wells se marre!

Mironde2: Je vais bientôt commander votre livre. A quoi dois-je m'attendre? Est-il possible de nous le présenter en quelques mots?

Oui! C’est une pure SURPRISE. Donc attendez-vous à être surpris...

Jennifer: Pensez-vous vraiment qu'une troisième guerre mondiale se profile à l’horizon?

Si l’on regarde le passé, les guerres ont servi de moyen de compenser la croissance démographique. Donc chaque fois que les humains prolifèrent trop, ils arrivent à un point ou tout d’un coup ils ont envie de s’entretuer comme pour s’autolimiter. 

C’est pourquoi j’espère qu’on arrivera un jour à nous autolimiter sans guerre…. Juste en ne produisant que le nombre d’enfants qu’on est certain de nourrir, éduquer, aimer.

Marc: Êtes-vous religieux?

Je me définirais plutôt comme agnostique. Je ne suis pas athée, je ne suis pas croyant, je cherche, je lis, j’apprends. Agnostique cela signifie sans connaissance.

Donc sans certitude je suis prêt à écouter tout le monde et à changer mes points de vue. Dieu est pour moi une hypothèse possible. Tout du moins l’idée d’un système plus complexe qui nous dépasse et qui ait une intention à notre égard.

La spiritualité me semble la bonne manière de penser car elle pose des questions alors que la religion affirme des réponses. La question ouvre. La certitude dans la réponse ferme.

Benjamin: Jeune lecteur de 23 ans et adorateur de «Troisième humanité», «Les Micro Humains» et futur détenteur de «La voix de la Terre», j'aurais aimé savoir si dans ces livres, certains personnages sont directement inspirés par vos rencontres, vos proches... Si oui, pourriez-vous me donner un exemple?

Il y a des personnages de mes romans qui sont mes amis du «vrai monde» et j’ai mis leurs vrais noms. Drouin est par exemple un ami réalisateur de cinéma. Charras est un ami écrivain acteur. Foulon que vous découvrirez dans le nouveau roman est une amie aussi. Malençon, Krausz, Andrieux aussi… Je pense souvent à de vraies personnes et les décris parfois en tant que personnages tels qu’ils sont vraiment. C’est un petit private joke aussi pour ceux qui les connaissent.

Jean-Philippe: Impossible de remercier assez le destin pour m'avoir permis de découvrir vos œuvres. Vous voyez-vous comme un juge de l'Humanité, un adulte devant une cour d'enfants surexcités ou un sage dans une tribu de singes?

Je comparerais plutôt le travail d’auteur d’anticipation à celui de la vigie dans un bateau. Celui qui monte en haut du mât pour voir au loin l’horizon, et avertir s’il y a un continent ou des récifs devant.

Matthias: Quels sont vos projets maintenant que la trilogie est terminée?

Là, j’ai commencé un thriller unitaire dans l’esprit de l’«Empire des Anges». Mais chut c’est encore un secret...

Mathieu: Étant un grand fan de vos sagas («Les Fourmis», «Les Dieux») et plus particulièrement du roman «Les Thanatonautes», j'aurais aimé savoir si vous aviez déjà envisagé un possible long-métrage retraçant les aventures de Mickael, Raoul, Amandine, du rabbin, etc.

J’ai une formation de scénariste et je rêve d’un long-métrage sur les Thanas! Mais en France, c’est difficile de faire du cinéma «visuel» sur un thème de spiritualité. 

Donc je ne crois pas que je verrais ce projet aboutir de mon vivant.

Nabil: Vous êtes l'un des Français les plus lus au monde. Quelle place à l'animal selon vous par rapport à l'homme? Vous semblez y apporter une importance et une intelligence insoupçonnées dans vos livres.

L’homme est un animal parmi d’autres animaux. C’est lui qui a décidé tout seul qu’il était au dessus… 

Nous avons besoin de toutes les autres formes de vie. Sans abeille, pas de miel ni de pollinisation. Sans requin ou sans thon, il y aura une prolifération des méduses… 

Je défends la biodiversité comme une forme d’évidence. L’homme, seul animal sur Terre, serait condamné et déprimé.

François: Bonjour Bernard et merci pour cette saga qui poursuit bien ton oeuvre globale et qui crée des ponts avec tes livres précédents! Alors que plusieurs médias annoncent la fin de la saga «Troisième Humanité», tu as indiqué lors de ta conférence en Corée qu'il y aurait 4 tomes au total. Nous prépares-tu une suite à «La Voix de la Terre»?

«La Voix de la Terre» est un roman un peu spécial: c’est en même temps le troisième et dernier de la trilogie de la saga Troisième humanité et un livre autonome sur le thème d’une nouvelle forme de perception de notre propre planète. En effet un moment j’ai pensé en faire 4, 5, ou même plus un peu à la manière de Game of Thrones! Mais en France, il y a une culture de la trilogie, donc ce sera bien le dernier.

Agnès: Si la terre pouvait vraiment parler, de quoi aimeriez-vous discuter avec elle?

De sa sexualité.

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Présentation du chat:

Bernard Werber est de retour en librairie avec La voix de la terre (Albin Michel), livre qui clôture la saga «Troisième humanité» commencée en 2012 avec le roman Troisième humanité, suivi des Micro-humains (2013)

Le romancier sera l'invité de la rédaction de 20 Minutes mercredi 17h pour répondre à vos questions lors d'un chat.

Résumé de son nouveau roman: «7 joueurs, 7 visions du futur. Chacun tente d influencer l'avenir. Mais c'est sans compter sur le 8e joueur, notre mère la Terre qui n’a pas dit son dernier mot. Alors qu'une troisième guerre mondiale se profile à l'horizon, Gaïa, la Terre, semble vouloir se rebeller contre ses habitants. Humains et micro-humains prêteront-ils attention à sa voix?»