Quand les créateurs de jeux indépendants sont dépassés par leur succès

JEU VIDEO Le papa de «Minecraft» n'est pas le premier à claquer la porte pour retrouver sa tranquillité...

Philippe Berry

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Des personnages du jeu "Minecraft".
Des personnages du jeu "Minecraft". — Mojang

«Je n'essaie pas de changer le monde ni le jeu vidéo. Je ne suis pas un entrepreneur. Je ne suis pas un PDG. Je suis juste un programmeur informatique et un nerd qui partage ses opinions sur Twitter.» Dans son billet «Je quitte Mojang», le créateur de Minecraft, Markus «Notch» Persson, offre une explication assez candide à son départ, annoncé en même temps que le rachat par Microsoft: «Ce n'est pas pour l'argent. C'est pour ne pas devenir fou.» Son cas n'est pas unique.

En février dernier, Dong Nguyen, créateur du phénomène Flappy Bird, avait lui aussi jeté l'éponge, retirant son jeu de l'app store. Le buzz monstre, les louanges, les insultes et les menaces de mort, c'était trop. «J'ai conçu le jeu pour qu'il soit une distraction, mais c'est devenu un produit addictif. Je ne suis plus aussi tranquille qu'avant, je ne dors plus», écrivait-il, précisant qu'il avait été «harcelé» en ligne, tout comme certains membres de sa famille.

«Vous avez gagné»

Cette tension avec la communauté, on la retrouve encore dans l'histoire emblématique de Phil Fish, un développeur québécois à l'ascension fulgurante. Figure de la scène indé avec le jeu Fez, il répond régulièrement aux fans et aux critique sur Twitter. Jusqu'au clash, l'été dernier, avec un blogueur lui reprochant son silence sur la nouvelle politique Xbox de Microsoft. Après quelques «fuck you» échangés, Fish plaque tout et prend sa retraite (au moins pour l'instant): «Fez II est annulé. Je n'en peux plus. Ce n'est pas la conséquence d'une chose mais la fin d'une longue campagne sanglante. Vous avez gagné.»

Tout le monde ne veut pas être le prochain Mark Zuckerberg ni bâtir un empire. Notch veut retourner à des «petits projets». «S'ils décollent, je les abonnerai sans doute immédiatement», jure le néo-milliardaire.

«Le plus beau métier du monde»

Le monde du jeu indépendant est-il à ce point un coupe-gorge, peuplés de concurrents jaloux et de fans prêts à jeter la première pierre? «Il y aura toujours une minorité agressive éternellement insatisfaite. Il faut se concentrer sur le positif. On fait des jeux pour créer du bonheur, et quand on réussit, c'est vraiment merveilleux», tempère le Québecois Martin Brouard, producteur chez Frima de Chariot, un adorable jeu de plateformes en co-op. Après le retour positif lors du salon de l'E3, Brouard sait que le titre doit répondre aux attentes cet automne, mais cela ne l'empêche pas de dormir. «Je travaille avec des gens extraordinaires pour créer des jeux. C'est le plus beau métier du monde», conclut-il.