Le crime depuis le viseur des assassins

BD Un crime peut-il être romanesque? En tout cas, ses auteurs sont de plus en plus souvent mis en avant dans l’univers des «petits Mickeys»…

Olivier Mimran

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Max Cabanes, Doug Headline & éd. Dupuis 2014

Comme en littérature, le polar est un des genres dominants de la bande dessinée. Et comme en littérature, il arrive que certains albums fassent du méchant tueur -plutôt que du gentil flic-, leur «héros». 20 Minutes vous en fait la démonstration autour de trois titres récemment parus.

La belle et les bêtes

Après Tardi, Max Cabanes, un autre monstre sacré de la BD, met en cases un polar de l’immense Jean-Patrick Manchette (disparu en 1995). Si le Grand Prix du festival de la BD d’Angoulême 1990 avait déjà adapté La princesse de sang, du même Manchette, en 2009, il s’empare aujourd’hui de Fatale, un roman écrit en 1983 et qui met en scène la plus glaciale des tueuses: Aimée, jeune et (très) jolie, qui parcourt la France profonde à la recherche de «contrats». Lorsqu’elle débarque à Bléville, elle en séduit les notables pour mieux s’intégrer aux hautes sphères d’une ville au passé industriel prospère. Ceci fait, la belle n’a plus qu’à raviver les rancoeurs et patienter… Magnifiquement adapté (avec l’aide de Doug Headline, le propre fils de Manchette), cet album captive car il nous permet de comprendre les mécanismes d’un crime –et presque d’y participer- à travers les yeux de son exécutrice. Du grand Art, et indéniablement un des meilleurs polars BD de la rentrée.

«Fatale» d’après Jean-Patrick Manchette, par Max Cabanes & Doug Headline - éditions Dupuis, 22 €

L’Art de l’assassinat

Professeur émérite d’Histoire de l’Art à l’université du Pays Basque, Enrique Rodriguez Ramirez a un hobby particulièrement dérangeant: il trucide régulièrement des gens, la plupart du temps de parfaits inconnus, dans une démarche qu’il veut «purement esthétique». Chacun des trente-quatre crimes –parfaits- qu’il a déjà commis a d’ailleurs été pensé comme une performance artistique. Mais voilà que le serial-killer est soupçonné d’un crime aux mêmes caractéristiques, mais qu’il n’a pas commis… Auteur en 2011 du remarquable L’Art de voler (traduit dans douze pays et en voie d’adaptation au cinéma), Antonio Altarriba signe ici un récit encore plus brillant qui, outre le fait qu’il nous met littéralement «dans la peau» d’un monstre sanguinaire, en profite pour égratigner avec intelligence et un humour glacial des milieux artistiques souvent trop pédants. Un «must have» aussi terrifiant qu’électrisant.

«Le Moi, assassin», d’Antonio Altarriba & Keko - éditions Denoël Graphic, 19,90 €

Du petit écran aux bulles

Les adaptations de séries télé en bande dessinée sont trop rarement réussies pour passer sous silence le superbe premier tome de Sons of anarchy! Sous le traitement de texte de Christopher Golden et les pinceaux, experts, de Damian Couceiro, les aventures du SAMCRO (Sons Of Anarchy Motorcycle Club Redwood Original) s’offrent un second souffle, et qui n’a rien à envier à l’original. Et même si ici, les héros (une bande de motards hors-la-loi) ne sont pas à proprement parler des assassins –au sens professionnel du terme-, ils n’hésitent pas à buter quiconque se met en travers de leur florissant commerce d’armes… Hyper-violente et trash, cette adaptation BD a donc pour héros une sacrée bande d’enfoirés… qu’on ne peut pourtant s’empêcher d’aimer. En fil rouge de cet enthousiasmant lancement, le désir de vengeance de Tig, dont la fille a brûlé sous ses yeux. Culte un jour, culte toujours!

«Sons of anarchy» t1, de Christopher Golden & Damian Couceiro- éditions Ankama, 19,90 €