«Zombie Ball»: La bataille des enfants contre les mort-vivants

FANTASTIQUE L'écrivain américain Paolo Bacigalupi a imaginé un roman de zombies pour les 8-12 ans, qui brasse en filigrane les thèmes du racisme, de l'immigration illégale et de la malbouffe...

Joel Metreau

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L'écrivain américain Paolo Bacigalupi, le 11 septembre 2014, à Paris.
L'écrivain américain Paolo Bacigalupi, le 11 septembre 2014, à Paris. — J.Metreau / 20 Minutes

Les zombies, c'est aussi pour les petits. C'est pour Jobim, à qui est dédié le roman Zombie Ball (Au Diable Vauvert, 15 euros) de l'américain Paolo Bacigalupi, dont la compagne est institutrice. L'écolier avait confié à cette dernière qu'il voulait lire une histoire de morts-vivants. «Je me suis aperçu que dans les bouquins de zombies pour les 8-12 ans, les zombies ont juste besoin de câlins qui vont les changer, raconte Paolo Bacigalupi, de passage à Paris pour le Festival America. C’est très guimauve. Mais Jobim voit ses frères jouer à "Left 4 Dead" ou ses parents regarder "The Walking Dead". Jobim veut des zombies pour l’horreur.»

Enfant métis et batte de base-ball

Ce roman est également dédié à son fils de 8 ans, Arjun. «Il est né d’une mère indienne, et grandit dans une région de l’Amérique très cowboy et redneck», confie l'écrivain. Paolo Bacigalupi imagine donc un héros à son image, un enfant métis dans une Amérique rurale et blanche. En parallèle de l'écriture d'un ouvrage pour jeunes adultes, l'âpre et poignant Les Cités englouties, Il s'attelle à Zombie Ball, «pour souffler, pour retrouver un ton plus léger», avec morts-vivants joyeusement dégommés à la batte de base-ball par un trio de gamins.

Poil à gratter des Etats-Unis

Ce qui aurait pu être une histoire de zombies juste divertissante et rythmée n'est pas pour autant décérébrée. Paolo Bacigalupi s'empare de thèmes poil à gratter des Etats-Unis. Ses habitants se divisent sur une loi sur concernant l'immigration illégale? Un des protagonistes de Zombie Ball, Miguel, est né de parents mexicains en situation irrégulière. «On a des milliers et des milliers de Miguel aux Etats-Unis, venus en bas âge et qui ont grandi aux Etats-Unis, se percevant comme des Américains, mais qui n’ont pas de statut légal, observe Paolo Bacigalupi. Certains veulent les renvoyer. Mais ce sont des enfants, ce n’est pas leur faute...»

L'affaire du «pink slime»

Des adultes se sont agacés de lire cette incursion de l'actualité dans le roman. Paolo Bacigalupi, lui, persiste à penser qu'on peut aussi placer le débat à hauteur d'enfant. Tout comme celui de la malbouffe, sujet récurrent dans un pays où près d'un tiers des enfants et adolescents sont en surpoids ou obèses. Dans Zombie Ball, le centre de l'épidémie zombie se situe du côté d'un abattoir industriel, dans une entreprise de traitement de la viande. L'écrivain énumère quelques scandales alimentaires qui ont choqué les Etats-Unis, notamment le «pink slime» («glu rose»). Des bas morceaux de bœuf, des tendons et de la graisse, étaient finement hachés, puis traités à l'ammoniaque. Cette pâte gluante rose était incorporée à des hamburgers ou à des aliments à destination des cantines.

«Aujourd'hui, on ne sait plus d’où proviennent les composants d’un ordinateur ou ceux d’un hamburger, regrette Paolo Bacigalupi. Une société industrielle se doit de cacher leurs origines parfois peu ragoûtantes, ce qui permet au consommateur de se sentir moralement pur.» La question des ressources alimentaires ou énergétiques, de leur raffinement ou de leur pénurie a toujours été au cœur des ouvrages de Paolo Bacigalupi, comme dans La Fille automate, récompensé par le prix Hugo, prix prestigieux de la science-fiction. Cette réflexion n'est pas près de le quitter. Dans son prochain livre, pour adultes, l'auteur évoque la sécheresse historique dans le Sud-ouest des Etats-Unis. Il imagine un affrontement entre Phoenix et Las Vegas pour contrôler le flux de la rivière Colorado. Après la guerre contre les zombies, la guerre pour l'eau.