L’égérie Deneuve

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Catherine Deneuve pendant le tournage de «Plave Vendôme» en 1998.
Catherine Deneuve pendant le tournage de «Plave Vendôme» en 1998. — Studio Canal collection CF

Depuis bientôt 50 ans, Catherine Deneuve multiplie les rôles dans des films, courts-métrages et documentaires. Même la série américaine «Nip Tuck» a fait appel à elle pour un épisode de sa quatrième saison. La cinémathèque française rend hommage à celle qui fait figure d’égérie pour un grand nombre de réalisateurs, via une exposition jusqu’au 2 avril.

Si elle compte autant pour le cinéma français, qui compte pour elle? Outre la sphère privée, revue de quatre figures mythiques qui ont jalonné le parcours de l’actrice.

Françoise Dorléac



En vrai, Deneuve s'appelle Dorléac. Le nom de sa sœur, Françoise Dorléac, actrice également, dont la carrière fut aussi brillante («Les Demoiselles de Rochefort» de Jacques Demy, «La Peau douce» de François Truffaut, «L’homme de Rio» de Philippe de Broca) que fulgurante (elle meurt dans un accident de voiture en 1967).
En 1996, Catherine Deneuve lui consacre un livre, «Elle s’appelait Françoise», co-écrit avec Patrick Mondiano. «Il est évident que Françoise continue d'exister en moi, ce qui n'a pas simplifié mon existence (…). Aujourd'hui, quand je vois des sœurs ensemble, surtout des actrices, quand je vois par exemple Marie-France Pisier avec sa sœur, je ressens une véritable frustration. Nous avons à peu près le même âge, et je me dis : "Si Françoise était là, voilà, ce serait comme ça la vie..." Il m'est arrivé d'avoir le cœur serré en entendant simplement Valérie Lemercier ou Valeria Bruni-Tedeschi évoquer l'amitié qui les lie à leurs sœurs. Quel que soit le destin qu'on a dans la vie, quand les choses sont difficiles, il n'y a rien de plus précieux qu'une sœur avec laquelle on partage tout. Pour moi. c'est une amputation, un manque physique et j'envierai toujours les femmes qui connaissent cette relation particulière...»

Yves Saint Laurent


Quarante ans d’amitiés depuis le tournage de «Belle de jour», le film de Luis Buñuel, qui avait alors commandé les costumes à Yves Saint Laurent.
Catherine Deneuve déclarait lors d’une interview au magazine «Elle» en décembre 1996: «A la différence d'autres actrices ou personnalités diverses qui sont liées à une maison de couture, aucun accord ne m'a jamais liée en aucune manière à Saint Laurent. J'ai débarqué à 22 ans rue Spontini, où il était alors installé. C'était fin 1965, et j'avais découpé dans “Elle” la photo d'une robe de la collection de la saison précédente. Ça a amusé tout le monde, qu'une fille aussi jeune, presque inconnue, se paie une robe de haute couture et, de surcroît, un modèle qui avait déjà près d'un an. C'était un long fourreau de crêpe blanc, avec un plastron brodé rouge, très slave, très pur, très strict, que j'ai porté à Londres pour être présentée à la reine Elisabeth, lors de la Royal Performance.
On s'est connu à ce moment-là. Et j'ai continué à aller chez Saint Laurent. Ce qui, pour ma bourse, était alors quelque chose d'absolument déraisonnable»

Marilyn Monroe


Catherine Deneuve voue une grande admiration pour Marilyn Monroe, la star, l’actrice et l’icône surtout.
Dans «Studio magazine» paru en 2007, elle dit: «J'adore Marilyn Monroe. J'ai une très belle photo d'elle. Une photo assez personnelle, en noir et blanc, où elle tient une cigarette et a une expression très douce, très enfantine. J'ai l'impression de la comprendre... C'est sûr qu'elle avait des côtés insupportables, mais tout le monde a ses travers, ses défauts. Peu importe, ses qualités sont supérieures ! Je ne suis pas allée voir l'exposition de photos que Bert Stern a prises d'elle. Je n'avais pas trop envie de les voir, d'abord parce qu'il y en a beaucoup qu'elle avait rayées ; estimer que, après quarante ans, il y a prescription et qu'on peut tout montrer ne me semble pas tout à fait normal. Et puis, sur certaines, elle a l'œil vague. Il l'a fait boire ; ces photos me paraissent un peu extorquées».

François Truffaut


Quand Catherine Deneuve parle de François Truffaut, qui l’a guidée dans plusieurs de ses films et avec qui elle a eu une liaison, ses propos prennent un tour enflammé, comme dans cette interview parue dans «Les Cahiers du cinéma» en 1984.
«C'est le réalisateur qui m'a appris le plus de choses. Il m'a beaucoup contraint. Dans "La sirène" (1969), j'avais des réticences. Je disais tout le temps: "Dans la vie on ne fait pas comme ça". Et lui répondait: "Mais la vie n'est pas le cinéma, et le cinéma n'est pas la vie. En une heure et demie, on ne raconte que les événements importants et intéressants. C'est beaucoup plus fort et ça va plus vite". J'avais tendance à lui dire: "Ça, je ne le sens pas". Il me répondait : "II ne suffit pas de sentir. Si on veut faire des films réalistes, il n'y a qu'à prendre des gens dans la rue". Si on prend des acteurs, c'est bien pour leur demander de faire des choses qu'on ne fait pas dans la vie (…). L'importance du son, c'est lui aussi qui me l'a appris. Sur "Le dernier métro" (1980), il y a certaines scènes qu'il ne regardait pas, il les écoutait au casque. Parce que l'image peut tromper, à cause de l'émotion qui se dégage dans les regards, par exemple. Alors que le son ne trompe jamais. Tourner avec lui, c'est presque un cadeau empoisonné : il est presque impossible de retrouver avec un autre autant d'éléments positifs dans un film.»

Crédits photos: DR.
Infos pratiques: Exposition hommage du 8 mars au 2 avril 2007 à La Cinémathèque française, 51 rue de Bercy à Paris.