Surprise de la rentrée littéraire: Adrien Bosc avec «Constellation»

LES INATTENDUS DE LA RENTREE (3/5) Troisième de notre série sur les auteurs inattendus de la rentrée, Adrien Bosc concourt pour trois prix littéraires avec une enquête sur la tragédie du Constellation, l’avion de Marcel Cerdan…

Annabelle Laurent

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Adrien Bosc publie Constellation (Stock), son premier roman.
Adrien Bosc publie Constellation (Stock), son premier roman. — ERIC FEFERBERG / AFP

La semaine dernière a été «assez merveilleuse». Trois appels de son éditeur: Constellation est dans la première liste du Renaudot, dans celle du Goncourt, et dans celle du prix de Flore. Un bel encouragement pour le jeune auteur de 28 ans, fondateur et directeur des revues Feuilleton et Desports, qui se fraie un passage dans la jungle de la rentrée littéraire dès son premier roman.

Vol de nuit

«Comme à peu près tout le monde, j’avais en tête l’histoire de Cerdan, mais résumée au mythe», explique à 20 Minutes Adrien Bosc. «Prends l’avion, le bateau c’est trop long!»: on connaît la tragique supplique d’Edith Piaf, pressée de retrouver à New York le boxeur qu’elle aime éperdument. Marcel Cerdan embarque à bord du Constellation F-BAZN le 27 octobre 1949. Le 28 octobre, l’avion s’écrase contre le mont Redondo, dans l’archipel des Açores. Trente-sept passagers, onze membres d’équipage, aucun survivant. La violoniste prodige Ginette Neveu était elle aussi à bord. Mais les autres? Qui étaient-ils? Quel futur les attendait à New York, et par quel destin, quelle somme d’infimes causes tout s’arrête pour eux cette nuit-là, au-dessus de l’Atlantique?

Autour du mystère à jamais irrésolu des circonstances de l’accident, Adrien Bosc crée sa constellation, trace des lignes entre ces quarante-huit vies résumées pour beaucoup à celles de «victimes» d’un crash. «C’est tout le problème des drames collectifs. La part des anonymes m’intéresse beaucoup», confie Adrien Bosc en citant Le Convoi du 24 janvier de Charlotte Delbo, une «lecture très marquante». En évoquant, aussi, le drame récent du vol MH17 du Malaysia Airlines, avec ses histoires qui surgissent dans les médias comme soixante-cinq plus tôt: «les six participants à la conférence internationale sur le Sida, ce cycliste néerlandais qui aurait évité les deux crashs»…

>> Par ici, toute la rentrée littéraire sur 20 Minutes

Cinq bergers basques

Aux côtés de Marcel Cerdan et de Ginette Neveu, il y avait des entrepreneurs du monde entier, le créateur des produits dérivés Disney -l’avion est à l’époque un luxe- mais aussi ces cinq bergers basques partis tenter leur chance dans les ranchs du Far West, une bobineuse de Mulhouse devenue héritière d’une usine à Detroit… En enquêteur précis, mêlant les faits à la poésie, la distance et l’empathie, Adrien Bosc exhume ces destins oubliés et relève, pour chacun, les hasards qui les ont faits passagers de cet avion. «Plus je m’intéressais au sujet, plus les coïncidences me surprenaient. L’invraisemblance est toujours plutôt du côté de la réalité. C'est une idée que j’avais envie de sonder».

Sur les traces des équipes de secours qui y avaient découvert l’épave disloquée, Adrien Bosc a gravi le mont Redondo à son tour, un 28 octobre. Aux mêmes dates, avec «l’impression de participer à un pèlerinage mimétique, grotesque sans doute», écrit-il dans un segment du roman où il confie avoir, à travers sa quête des deux dernières années, «trouvé des réponses». Désormais, il travaille à son second roman. Dont il préfère ne rien dire. «Ce livre est aussi sur la superstition. Et je suis très superstitieux.»

>> Par ici, deux autres surprises de la rentrée littéraire: Benjamin Wood et Taiye Selasi

Constellation, 18 euros, paru le 20 août 2014 aux éditions Stock.