«Nos morceaux, c'est de la crème chantilly»

INTERVIEW Jean-Benoît Dunckel. Musicien du duo Air

©2006 20 minutes

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Le groupe Air
Le groupe Air — no credit

Jean-Benoît Dunckel

Musicien du duo Air.

Chaque album de Air est-il une réaction ou une progression par rapport au précédent ?

Les deux. Celui-ci est peut-être une réaction par rapport au dernier disque sur lequel on a travaillé, en l'occurrence celui de Charlotte Gainsbourg, 5:55. Je pense qu'on a voulu enregistrer ce qu'il n'y avait pas dans l'album de Charlotte, qui était plutôt dans le style chanson pop. On a fait quelque chose de moderniste avec des morceaux partant dans tous les sens.

Comment expliquer l’universalité de votremusique ?

Dans nos chansons, il y a beaucoup d'amour et de médecine. Nos morceaux réparent les bleus à l'âme. Il y a aussi quelque chose de très relaxant dans la musique de Air, c'est de la crème chantilly, ça n'a pas de poids.

D’où est venu le titre "Pocket Symphony" ?

On essaie de composer des petites symphonies de poche. Cette notion va bien avec l'air du temps. Les gens sont plus nomades qu'avant, ils écoutent de la musique comme ça, en voyage.

Ecrivez-vous souvent en anglais pour une question de sonorité ?

L'anglais, c'est le langage des ordinateurs et d'Internet. C'est l'esperanto technique. Et comme on a toujours aimé beaucoup de groupes britanniques, ça s'est vite imposé à nous.

Le fait de collaborer avec d’autres artistes vous inspire ?

Air, c'est un peu un noyau et on capte des affinités et des apports artistiques à l'extérieur. Ça nous permet d'évoluer. Par exemple, quand on travaille avec le producteur Nigel Godrich [qui a travaillé avec Radiohead, Beck...], on l'observe, on discute avec lui, on apprend énormément de choses sur les groupes qu'il a produits ou sur les techniques d'enregistrement. Pour collaborer avec nous, il faut avoir une identité stylistique très forte. C'est souvent une affaire de volonté commune, une association nécessaire pour que chacun réalise l'oeuvre qu'il désire. Je pense à Sofia Coppola qui avait fait le pari de nous demander une bande original pour son film "Virgin Suicides".

Qu’est-ce que le succès a changé pour Air ?

Tout. Bon, une fois qu'on a réussi un disque, on ne se dit pas, tiens, je ne suis pas si nul, mais on s'aperçoit qu'on a une force en soi à canaliser. Ça bouleverse le rapport aux autres. Mais je n'ai jamais eu envie de retourner en arrière. Ma vie était beaucoup plus merdique avant.

Le Japon vous inspire. Vous êtes plutôt manga ou Japon traditionnel ?

Japon traditionnel. Là-bas, on a l'impression que la culture zen est partout. Dans les machines, dans l'ergonomie, dans la façon de se comporter socialement et dans la musique aussi. On l'a incorporé dans nos compositions pour faire planer les gens.

Vous interdisez-vous des choses musicalement ?

Je ne pense pas qu'on fera du zouk un jour. Ni de l'opérette (rires).

Recueilli par I. C.