«Sims4»: «La torture constitue une partie importante des Sims chez les ados»

JEU VIDEO Les «Sims 4» sortent ce jeudi. Rencontre avec la sociologue Pascaline Lorentz, qui a travaillé sur le rapport des 12-16 ans avec les avatars de ce jeu de simulation de vie...

Joel Metreau

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Les Sims 4.
Les Sims 4. — electronic arts/ maxis

Le jeu vidéo commence enfin à être l’objet d’études universitaires. Et pas seulement les «serious games». A l’occasion de la sortie ce jeudi des «Sims 4» (sur PC et Mac, environ 50€), son éditeur Electronic Arts avait convié une sociologue, Pascaline Lorentz, qui a mené sa thèse sur «la socialisation vidéoludique du joueur adolescent» chez les Sims. Autrement dit, sur la relation qu’entretient le joueur avec les avatars de cette franchise de simulation de vie, née en 2000.

Pour ces 180 collégiens de 12 à 16 ans, avec qui l’universitaire a conduit des entretiens, ce jeu représente «un miroir au fait de grandir». Une étude qui va faire l’objet d’un livre, publié chez L’Harmattan en fin d’année. «Le joueur de façon théorique fait un voyage en se créant son propre personnage au début, puis il va essayer des situations, raconte-t-elle. Quand il est en confiance avec le jeu, il fait des expérimentations pour voir ce qu’il se produit. A chaque fois qu’il y a une action, elle engendre des conséquences, et il prend un moment de recul pour comprendre.»

«Leur objectif, ce n’est pas l’argent»

Les Sims ont parfois été critiqués pour leur aspect consumériste. On y achète des meubles, de l’électroménager, des fringues… Un aspect renforcé par les partenariats d’Electronic Arts avec des marques comme Ikea, H & M, Diesel, qui ont donné leurs noms et objets à des contenus additionnels des Sims. «Ce qui intéresse le plus les ados, ce sont les relations amoureuses», note la sociologue. Ils utilisent parfois un code de triche pour débloquer des Simflouz. Mais leur objectif, ce n’est pas l’argent, mais les relations sociales.»

Des sims torturés

De l’amour, mais aussi de la mort. Les Sims réclament de faire leurs besoins, de se nourrir, de prendre une douche… Sans quoi leur humeur est profondément affectée. Certains ados n’hésitent pas à les laisser se pisser dessus. «La torture constitue une partie importante du jeu chez les ados avec tous les mauvais traitements qu’ils infligent à leurs personnages, estime Pascaline Lorentz. S’il y a des Sims qui les agacent, ils les éliminent.» Dans le jeu, on est obligé de commencer par un personnage adulte. «Les ados créent un foyer avec des parents, puis ils les tuent. Ça peut choquer, mais symboliquement, c’est l’adolescence.»

Ils n’aiment pas le Simlish

Les Sims continuent de parler une langue imaginaire, le Simlish. Chez les ados, ce serait peu apprécié. «Les joueurs aimeraient tellement qu’il y ait une vraie langue, comme du français ou de l’anglais. Car ils ne les comprennent pas et aimeraient partager ce que disent les avatars. Quand vous avez une relation de proximité avec un personnage, il devient alors impossible d’aller plus loin sans un phénomène d’identification. Or la langue, c’est une des caractéristiques de l’identité», pointe la sociologue.

Son étude a porté sur des jeunes issus de classe moyenne. Mais Pascaline Lorentz aimerait voir aussi comment réagissent des ados de classes populaires ou favorisées. ou des enfants élevés par un couple gay. «Car les enfants reproduisent dans le jeu les représentations qu’ils ont de la famille.» Dans le jeu, il est toujours possible d’avoir des relations sentimentales avec quelqu’un de son sexe, à la différence d’un «Tomodachi Life». Bien avant le mariage pour tous, les Sims avaient intégré les relations homos. «Dans les Sims, on interprète un personnage. Mais quand on interprète plusieurs personnages différents, on étend une plasticité sociale, on est capable de comprendre l’autre, celui qui est différent», explique Pascaline Lorentz. Les Sims, c’est aussi une leçon de tolérance.

Un «Sims 4» trop limité

Pas de révolution par rapport au «Sims 3» sorti en 2010. Mais plutôt le sentiment d'une régression dans ce quatrième épisode. Certes les graphismes ont été améliorés. Mais les éléments de construction et de personnalisation des objets sont chiches en variété, tout comme les options de carrière. L’aspect monde ouvert, lui, a été sacrifié à des écrans de chargement, heureusement rapides. Désormais, les Sims peuvent effectuer plusieurs tâches à la fois, comme lire sur une tablette et avoir une conversation. Mais, globalement la profondeur du troisième opus fait défaut. Dommage.