Le nouveau directeur de l'Opéra de Paris veut en faire «le numéro un» mondial

LYRIQUE Nommé en 2012, Stéphane Lissner est effectivement à la tête de l’institution depuis le mois d’août…

20 Minutes avec AFP

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Stéphane Lissner, président de l'Opéra de Paris, le 7 décembre 2013 à la Scala de Milan
Stéphane Lissner, président de l'Opéra de Paris, le 7 décembre 2013 à la Scala de Milan — GIUSEPPE CACACE / AFP

Le nouveau directeur de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner, voit grand: il veut en faire «d’ici deux ou trois saisons le numéro un» sur la scène lyrique mondiale en attirant «les meilleurs chefs, les meilleurs chanteurs et les meilleurs metteurs en scène».

Regard bleu clair et assurance tranquille, Stéphane Lissner est réputé fonceur. A 61 ans, ce Rastignac de la scène lyrique a successivement relancé le Théâtre du Châtelet (1988 à 1999) et le Festival d’Aix-en-Provence (1998 à 2007) avant de sortir la Scala de Milan du marasme financier et artistique dans lequel elle se débattait à son arrivée.

De Milan à Paris

Premier «surintendant» (directeur) non italien nommé à la Scala, il s’était habitué dans son précédent poste à trouver tous les jours deux ou trois paparazzis à ses trousses. «Le surintendant de la Scala est plus important qu’un ministre», sourit-il.

A Paris, où il est nommé en 2012, il accepte un salaire inférieur à celui de Milan, et se met au travail, d’abord en tandem avec le directeur sortant Nicolas Joel pendant deux ans, puis seul aux commandes depuis le mois d’août.

Une polémique de bienvenue

En juin, le site Médiapart jette un pavé dans la mare avec une enquête faisant état de «colossales indemnités» de départ (1,8 million d’euros) de la précédente équipe. «C’est faux», assure M. Lissner. Le montant se situerait plutôt «autour» de 1,2 million et «il n’y aura pas de deuxième charrette, c’est fini.»

«Que ce soit au Louvre, à la Comédie-Française ou à Radio France, un nouveau directeur vient avec son projet et donc forcément avec des gens qui le défendent», dit-il.

«Pratiquement que des nouveaux noms»

Il se félicite de «trouver une maison en état de marche. L’opéra de Paris est en bonne santé, avec un potentiel artistique de très haut niveau.» Son prédécesseur Nicolas Joel a certes su gérer la maison, compensant la baisse de 2,5 % de la subvention publique par les recettes de billetterie (95 % de remplissage en 2013) mais sa politique artistique était jugée timorée. L’Opéra de Paris n’a guère brillé par son audace depuis le départ en 2009 de l’iconoclaste Gerard Mortier, décédé en mars dernier.

Stéphane Lissner promet un important renouvellement des metteurs en scène: «Il n’y aura pratiquement que des nouveaux noms.» A la Scala, il avait fait appel pour dépoussiérer les chefs d’oeuvre à des metteurs en scène novateurs (Patrice Chéreau, Dmitri Tcherniakov, Bob Wilson, Luc Bondy, Richard Jones…)

2016, c’est demain

Il espérait ouvrir la saison 2014/15 avec Patrice Chéreau («Moïse et Aaron» de Schönberg) mais le décès du metteur en scène en octobre 2013 a mis un brutal coup d’arrêt au projet. Sa mise en scène de l’opéra de Janacek «De la maison des morts» sera donnée «en hommage» durant l’une des prochaines saisons.

Muet sur sa première saison 2015/16, qui sera annoncée dans la première semaine de février, il assure toutefois qu’il n’y aura «pas moins de productions», en dépit des contraintes budgétaires.

«Confronter l’opéra avec le monde d’aujourd’hui»

Il espère aussi «faire quelques modifications» des tarifs - qui ont augmenté pour la première fois depuis 2009 cette saison - avec une modulation (moins cher le lundi, plus cher le samedi). Il avait créé à Milan une avant-première pour les jeunes de moins de 30 ans à dix euros.

A l’Opéra de Paris, la moyenne d’âge du spectateur est de 46 ans, «un très beau résultat», dit-il. De façon générale, «l’opéra résiste très, très bien, dans un monde de divertissement, d’essor du numérique, constate-t-il. Si vous acceptez de confronter l’opéra avec le monde d’aujourd’hui et Dieu sait qu’il n’y a pas de quoi se réjouir, les gens sont très intéressés par les grands thèmes shakespeariens, les grands librettistes. On a construit Bastille parce que Garnier était trop petit, et on fait le plein avec presque 800.000 spectateurs par an.»