Rentrée littéraire: On a lu… «Peine Perdue» d’Olivier Adam

RENTREE LITTERAIRE (2/10) Il est l'un des dix auteurs les plus attendus de la rentrée littéraire 2014: Olivier Adam revient avec un magnifique roman choral…

Annabelle Laurent

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Olivier Adam publie Peine Perdue (Flammarion, le 20 août 2014)
Olivier Adam publie Peine Perdue (Flammarion, le 20 août 2014) — BERTRAND GUAY / AFP

Deux ans après Les Lisières, Olivier Adam éblouit avec Peine perdue (Flammarion, 20 août), l’un de nos coups de cœurs parmi les dix romans les plus attendus de cette rentrée.

>> Par ici, L’amour et les forêts d’Eric ReinhardtEt bientôt sur 20 Minutes: Emmanuel Carrère, Amélie Nothomb, Frédéric Beigbeder…

La première phrase: «Il sent son cœur battre dans sa tête.»

Le pitch: Une station balnéaire de la Côte d’Azur, désertée huit mois sur douze, est frappée par deux drames: une violente tempête ravage le littoral et provoque des disparitions, le jour même où Antoine, la gloire locale du football amateur, est laissé le crâne fracassé devant l’hôpital… De quoi bouleverser la fausse quiétude des gens du coin, vingt-deux personnages comme autant de chapitres, avec une question en suspens: qui a tabassé Antoine?

En trois mots: La tempête intérieure de vingt-deux hommes et femmes.

On lit… ou pas? Vingt-deux portraits, on aurait pu s’y perdre. La ronde menée par Olivier Adam est au contraire si habile qu’on progresse pas à pas dans l’enquête sur l’agression d’Antoine, le fil rouge, tout en s’attachant intensément à chacun des personnages, qu’ils soient proches d’Antoine, d’ici ou d’ailleurs, épargnés ou non par la tempête. La serveuse, l’infirmière, l’employé de mairie, le gardien d’entrepôt, l’entraîneur, pour la plupart de jeunes adultes qui n’ont «rien foutu à l’école parce que ça paraît juste normal» jusqu’à atterrir, étourdis, dans une vie qui leur échappe. Mais aussi, au delà de ce tableau empathique de la France des classes moyennes: le magnat de l’immobilier véreux, patron de son domaine coincé «entre les Russes et les Marseillais», l’ado parisienne en fugue, l’écrivaine en crise de la cinquantaine retranchée dans sa villa... Autant de facettes assemblées en puzzle par une écriture vive, qui emporte telle une bourrasque. Peine perdue? Certainement pas pour le lecteur.

>> Par ici, toute la rentrée littéraire sur 20 Minutes

L’anecdote: Une équipe de foot amateur, une plongée dans une communauté, l’intimité partagée par bribes avec une galerie de personnages… On pense à «Friday Night Lights», la série culte de Peter Berg qui gravite autour de l’équipe de football américain de Dillon, Texas. Le prénom de l’entraîneur? «Eric», comme coach Taylor. La série l’a «beaucoup inspiré», confirme Olivier Adam dans un entretien à Livres Hebdo. Le réalisateur Philippe Lioret aurait même pensé à proposer Peine perdue en série à Canal + ou Arte…

L’enjeu: Depuis Je vais bien, ne t’en fais pas en 2001, Olivier Adam, 40 ans, s’est imposé sur la scène littéraire autant qu’au cinéma, en participant à l’écriture des films adaptés de ses romans (Poids léger, A l’abri de rien, Des vents contraires et bientôt Les Lisières). En 2012, les jurés du Goncourt avaient écarté dès la première sélection Les Lisières, pourtant favori. Et si cette année était la bonne?

Un bon livre pour… se laisser emporter par la puissance d’un roman en retrouvant la variété narrative d’une série télé ou d’un recueil de nouvelles.

Une mauvaise idée… si vous ne jurez que par la légèreté et fuyez toute noirceur en cette rentrée. Et pour les allergiques à Olivier Adam, bien sûr.

Peine perdue, Flammarion, 414 pages, 21,50 euros. Sortie le 20 août.