Quatre bonnes raisons d’aller voir «Le Prince de Hombourg»

FESTIVAL D'AVIGNON Après une première annulée, «Le Prince de Hombourg», la pièce d'ouverture du Festival, a bien commencé. Et en beauté. Voilà pourquoi il faut s'y précipiter...

Sarah Gandillot

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Le Prince de Hombourg, Cour du Palais des Papes
Le Prince de Hombourg, Cour du Palais des Papes — BORIS HORVAT / AFP

Jamais on n’aura autant parlé d’une pièce d’ouverture du Festival d’Avignon. Le conflit des intermittents, aussi douloureux soit-il, aura au moins eu le mérite de mettre en lumière un texte trop peu souvent joué: Le Prince de Hombourg, d’Heinrich von Kleist. 20 Minutes vous présente quatre bonnes raisons d’aller voir et écouter ce très beau spectacle dans la cour du Palais des Papes.

Parce qu’on a failli ne jamais voir la pièce

Après des semaines d’incertitude, d’espoir et de négociations, on apprenait jeudi soir, à la veille de l’ouverture de la 68e édition du Festival d’Avignon, l’annulation de la première du Prince de Hombourg, en raison du conflit des intermittents. Lors d’une assemblée générale, la majorité des salariés du festival avaient voté pour la grève, et le vote des équipes travaillant sur les spectacles d’ouverture a confirmé vendredi cette décision. Le samedi soir, les choses sont rentrées dans l’ordre. Deux mille spectateurs ont monté les gradins du Palais des Papes avec émotion et plus d’impatience que jamais. La représentation a démarré après une intervention sur le plateau d’une très grosse partie de la distribution de la pièce, comédiens, techniciens et le metteur en scène Giorgio Barberio Corsetti, qui ont pris la parole à tour de rôle. Ils ont interpellé les politiques et les patrons de façon frontale: «Messieurs du Medef, si vous ne nous aimez pas, sachez que nous ne vous aimons pas non plus». Ou encore: «Messieurs du Medef, si vous trouvez qu’il y a trop de culture, c’est que vous en manquez». On joue à Avignon, et c’est heureux, mais la lutte continue.

Parce que la pièce est un hommage à Jean Vilar

Le Prince de Hombourg est une pièce mythique créée à Avignon par son fondateur, Jean Vilar, en 1951, qui tenait le rôle du Prince Electeur. Gérard Philipe incarnait le prince, Jeanne Moreau celui de Nathalie. La remettre à l’honneur cette année dans la cour du Palais des Papes est un acte fort de la part d’Olivier Py, le nouveau directeur du Festival d’Avignon. Le signe clair d’une volonté de retour aux sources.

Parce que le théâtre populaire est de retour dans la cour du Palais des Papes

Jean Vilar est l’inventeur de la notion de «théâtre populaire», qu’il défendait. Le fondateur du Festival d’Avignon militait pour des spectacles de qualité, accessibles au plus grand nombre. Du théâtre «élitaire pour tous», selon la formule d’Antoine Vitez. La mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti s’inscrit totalement dans cette lignée. Il utilise le cadre fabuleux de la cour du Palais avec brio: ses fenêtres dont il fait sortir les comédiens, son mur légendaire, sa magie… La scénographie, toute en jeux de lumières et en images animées projetées, donne toute sa puissance à la pièce de Kleist. Du grand spectacle, de toute beauté, pour venir appuyer un texte exigeant, profond, métaphysique, sur le pouvoir, la justice, l’honneur et la responsabilité, l’obéissance aux règles, la mort…

Parce que Xavier Gallais n’a rien à envier à Gérard Philippe

Cela fait bien longtemps que ce comédien surdoué, élève de Daniel Mesguich et de Muriel Mayette, a fait ses preuves. En 2012, déjà, il jouait dans la cour dans La Mouette, mise en scène par Arthur Nauzyciel. Là, il est un Prince de Hombourg rêveur et fantasque, ingénu et nébuleux. Tout en grâce et en légèreté. Éléonore Joncquez, qui joue la courageuse et délicate princesse Nathalie, est déchirante de pudeur enfouie, de force intériorisée. Un casting très à la hauteur de l’événement.