Les géants de Royal de Luxe attaquent le géant Coca-Cola pour «parasitisme»

JUSTICE La compagnie nantaise porte plainte contre Coca-Cola. La société se serait inspirée de leurs créations sans leur accord...

Joel Metreau

— 

A gauche, un Géant de la compagnie de théâtre Royal de Luxe. A droite, une capture d'écran de la pub Coca-Cola.
A gauche, un Géant de la compagnie de théâtre Royal de Luxe. A droite, une capture d'écran de la pub Coca-Cola. — P. Victor ArtComArt / Coca-Cola

«Ils ont été pris la main dans le pot de confiture». Jacques Leroy, président de l’association nantaise Royal de Luxe, était à l’offensive, ce mercredi matin. Lors d’un point-presse organisé à Paris, il a précisé que sa compagnie, qui a rendez-vous avec Coca-cola au Tribunal de commerce le 4 septembre, avait refusé toute tentative de médiation avec la société américaine. «On ne veut pas d’accord avec eux car on perdrait notre âme en acceptant. Nous faisons du théâtre populaire, gratuit et accessible pour tous.»

Le contentieux entre la compagnie aux géants et le géant du soda remonte à fin 2012. Un spot créé par l’agence de pub Mc Cann Erickson est alors diffusé au cinéma, à la télévision dans une soixantaine de pays et posté sur YouTube. Il s’agit de la campagne de Noël de Coca-Cola, on y voit un Père Noël géant dirigé comme une marionnette et qui s’avance dans les rues d’une ville. La vidéo a été retirée de sa chaîne par Coca-Cola. On peut toutefois la revoir ici. Or, depuis 1993, la compagnie nantaise, qui se produit régulièrement à l’étranger, s’est spécialisée dans des spectacles de rue avec des géants…

Mais ce qui agace profondément la compagnie de théâtre, c’est que Coca-Cola s’était rapproché d’elle avant la création de la pub. Dans l’assignation devant le tribunal de commerce, il est ainsi indiqué que Royal de Luxe avait été directement contactée début 2012 par Coca-Cola, pour que la compagnie «dévoile ses savoir-faire et ses secrets pour fabriquer ses marionnettes et produire ses spectacles». Ce qu’a refusé la compagnie nantaise.

Des documents saisis au siège français de Coca-Cola

Des documents, saisis au siège français de Coca-Cola à Issy-les-Moulineaux en janvier 2013, et que 20 Minutes a pu consulter, semblent en effet indiquer que la société était consciente de s’inspirer des créations de Royal de Luxe.

Au sujet du design de la grue qui tient le Père Noël géant, le 10 avril 2012, on peut notamment lire: «C’est la même que celle de Royal de Luxe. Nous allons demander s’il y a moyen de la faire différente pour éviter tout problème légal avec Royal de Luxe», indique un membre de l’agence de pub dans un mail au marketing de Coca-Cola. Dans un document à usage interne, un questions-réponses pour les communicants, figurent également deux «éléments de langage» pour parer aux éventuelles accusations de plagiat de Royal de Luxe.

L’avocat de Royal de Luxe confiant

L’association, qui affirme tirer ses revenus à 70 % du mécénat privé et faire 80 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, a donc décidé d’attaquer la firme américaine pour «parasitisme». Selon Royal de Luxe, Coca-Cola aurait en effet cherché à «capter la valeur patrimoniale et le potentiel économique et culturel que représente la notoriété de Royal de Luxe», qui demande réparation.

Le montant réclamé par Royal de Luxe n’a pas été dévoilé, même s’il devrait être conséquent. «Mais si on gagne la somme, ce ne sera pas à des fins d’enrichissement personnel. L’argent sera soit remis dans la création d’un spectacle, soit à une fondation», indique Jacques Leroy. De son côté, l’avocat de Royal de Luxe, Frédéric Boucly, se montrait confiant, rappelant une affaire similaire en 2004. SFR et Publicis conseil avaient été condamnés pour «agissements parasitaires», après avoir utilisé un personnage dans une pub un personnage ressemblant fort à l’héroïne du film Le Cinquième Elément. Contacté par 20 Minutes, Coca-Cola n’avait pas répondu à nos sollicitations mercredi soir.