Des BD pour frissonner au soleil

BD Comme en littérature, les récits fantastiques ont toujours cartonné dans le monde des petits Mickeys. Trois albums récents exploitent le genre avec talent…

Olivier Mimran
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Cullen Bunn, Brian Hurtt & éd. Urban Comics

S’il y a une mode qui ne passe pas, c’est bien celle du surnaturel: l’humanité est fascinée depuis plusieurs siècles par les fantômes, sorcières, loups-garous et autres goules. Aujourd'hui encore, il suffit de consulter la liste des plus gros succès mondiaux au cinéma pour s’en convaincre (sur les vingt premiers, seize ont un rapport direct au fantastique). Normal, donc, que la bande dessinée suive le mouvement. Et heureux qu’elle le fasse parfois avec brio, comme dans trois publications récemment sorties.

Chassez le surnaturel, il revient au galop

Peu après la fin de la guerre de Sécession, d’inquiétants personnages se disputent six revolvers maudits supposés conférer autant de pouvoirs extraordinaires à quiconque les possède : l’un réveille les morts, l’autre répand des flammes (!), celui-là rend immortel etc. Evidemment, celui qui réunira les six armes pourra mettre fin à l’humanité… Ecrit par l’américain Cullen Bunn (Deadpool, Sinestro) et dessiné par son compatriote Brian Hurtt (Gotham central), The Sixth Gun est un western à mi-chemin entre la série télé «Les Mystères de l’ouest» et les univers littéraires fantastiques d’Edgar Allan Poe ou H. P. Lovecraft. Car chez les cow-boys que le titre met en scène, les ennemis ne sont pas des indiens mais des dragons ou des hordes de zombies!Plusieurs fois nommée aux prestigieux Eisner et Harvey awards, cette captivante –et un peu effrayante, il faut l’avouer- série a déjà fait l’objet de deux spin-offs (Sons of the gun et Days of the dead) et d’un projet, avorté, d’adaptation en série TV.

Où il y a des gènes, il y a du plaisir

En quelques semaines, quatre hommes dans la force de l’âge sont mystérieusement enlevés à leur domicile. L’enquête ne donne rien, jusqu’à ce qu’un libraire apparemment pris de folie se jette dans le vide avec l’un des quatre disparus. Après examen des victimes, l’enquête de gendarmerie s’oriente vers un effrayant motif: le cannibalisme…100% hexagonal, Les Premiers s’inspire d’authentiques recherches scientifiques consacrées aux hommes de néandertal (son premier tome bénéficie d’ailleurs du soutien du Muséum d’histoire naturelle et du Musée de la préhistoire de Tautavel).Le scénariste Stéphane Piatzszek y imagine la possible régression d’êtres éprouvés par un système individualiste. Et c’est d’autant plus glaçant que de récents cas de sauvagerie accréditent l’hypothèse. Même si le sujet est différent, l’atmosphère des Premiers rappelle celle, extrêmement oppressante, de la série télé «Les Revenants». Il ne serait d’ailleurs pas surprenant que ce titre ensorcelant, au découpage très cinématographique, fasse un jour l’objet d’une adaptation tv.

Un seul (non) être vous manque…

Alors qu’il croupit en prison, un as des casses en est (violemment) extrait par un riche collectionneur. Le prix de sa liberté? Jackson Winters doit monter une équipe chargée d’attraper la seule pièce qui manque à leur «employeur»: un fantôme! Moins terrifiant que les deux titres sus-cités (en raison, notamment, de dialogues plus «légers»), Ghosted n’est pourtant pas exempt de violence et on y croise quelques créatures peu engageantes. Ecrite par l’américain Joshua Williamson (Batman, Justice League, Les Tortues Ninja) et admirablement dessinée par le croate Goran Sudzuka (Outlaw Nation, Hellblazer, Wonder Woman), la série se révèle un réjouissant mix des films Ocean’s eleven –pour l’organisation du «vol»- et SOS Fantômes.

  • The sixth gun t1 «De mes doigts morts…», par Cullen Bunn & Brian Hurtt – éd. Urban Comics, 15€
  • Les premiers t1 «Le choc», par Stéphane Piatzszek & Léonard Chemineau – éd. Casterman, 17€
  • Ghosted t1 «Mission fantôme», par Joshua Williamson & Goran Sudzuka – éd. Delcourt, 14,95€