«Palermo Palermo», reprise d'une pièce charnière dans l'oeuvre de Pina Bausch

CULTURE Le Tanztheater Wuppertal fête ses 40 ans avec la reprise de «Palermo Palermo», créé en 1989 en même temps que la chute du mur de Berlin...

Stéphane Leblanc

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Palermo Palermo reprise en 2014 au Théâtre de la Ville
Palermo Palermo reprise en 2014 au Théâtre de la Ville — L.PHILIPPE

Pina Bausch, disparue en juin 2009, est toujours présente à travers ses spectacles et une actualité chargée à l’occasion des 40 ans de sa compagnie. Deux pièces à l’Opéra Garnier, une série de rencontres et de projections au Goethe Institut, un livre de photos, une exposition et surtout la reprise, jusqu’au 5 juillet au Théâtre de la Ville, de «Palermo Palermo», spectacle charnière dans l’œuvre de la chorégraphe allemande. 

Cette première d’une longue série de pièces conçues lors de résidences à l’étranger, Pina Bausch l’a présentée pour la première fois le 17 décembre 1989 au Teatro Biondo de Palerme, en Italie. En voici les images, filmées à l'époque.

Le spectacle débute par l’effondrement d’un mur dans une scène d’ouverture spectaculaire. Comment ne pas penser à la chute du mur de Berlin? Pina a toujours démenti: la scénographie de Peter Pabst avait été conçue bien avant. Comme elle l’a confié au Monde en mai 1990, ce mur qui s’écroule au début de la pièce est d’abord et avant tout la métaphore des «murs invisibles qui existent partout dans le monde, dans nos têtes».

Détournement de clichés siciliens

«On a surinterprété le mur, confie à 20Minutes le critique de danse Philippe Verrièle. Et on a oublié l’essentiel: Palerme.» Revu vingt-quatre ans plus tard, le spectacle frappe effectivement par son esprit sicilien: une violence éruptive, un jeu avec la poussière et les détritus, les détournements, troublants ou amusants, de clichés (madones, mafia), et les airs musicaux. «Je ne peux pas dire pourquoi ces musiques m’ont choisie, racontait la chorégraphe dans le beau livre Pina Bausch édité chez Actes Sud en 2007. En tout cas, je trouvais la Sicile follement importante, toutes ces influences si nombreuses, si diverses…» Pina Bausch a clairement été inspirée par Palerme, sans doute plus que d’autres ville dans des créations plus récentes.

Ce qui marque encore, c’est la fidélité de la reprise (images à découvrir ici) vis-à-vis de la création originale. Depuis la disparition de la chorégraphe en 2009, la compagnie s’interdit toute création, mais reprend en revanche tous les spectacles créés jusqu’alors, ce qui n’est pas sans poser certaines difficultés. «Pour recréer les œuvres, on se fie aux vidéos, on essaie de trouver des points communs entre les nouveaux interprètes et ceux qui jouaient à l’époque, mais parce qu’on ne se souvient pas de tout, il arrive qu’on bute sur des détails», raconte à 20Minutes Bénédicte Billiet, la directrice des répétitions et ancienne assistante de Pina Bausch.

 


Heureusement, les anciens, Dominique Mercy, Julie Shanahan, Nazareth Panadero, Julie Anne Stanzak, Jean-Laurent Sasportes ou Ed Kortlandt, présents en 1989, sont suffisamment nombreux sur scène pour garantir la fidélité à la pièce originale. Mais tous ne savent pas forcément ce qu’a voulu dire la chorégraphe. «Pourquoi cette fin avec des cerisiers en fleur qui tombent du ciel?, se demande Bénédicte Billiet. C’est pour nous un mystère». Mais au moins, la poésie reste entière.