Lee Ufan et le château de Versailles: Pourquoi ça matche?

EXPO Lee Ufan, peintre et sculpteur d’origine coréenne, est l’invité du château de Versailles dont il investit les jardins avec grâce et épure…

Sarah Gandillot

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L'arche de Versailles, de Lee Ufan.
L'arche de Versailles, de Lee Ufan. — ®Tadzio_Courtesy

Après le kitsch de Jeff Koons (2008) et Takashi Murakami (2010), les exubérances rococo de Joana Vasconcelos (2012), et les arbres en bronze de Giuseppe Penone, c’est au tour de Lee Ufan, peintre et sculpteur d’origine coréenne, d’investir Versailles. Des installations méditatives et ultra épurées, dignes des plus beaux jardins zen. On vous dit pourquoi avec Versailles, ça matche.

Lee Ufan dialogue avec Le Nôtre

Lee Ufan présente dix œuvres épurées et méditatives, dont neuf dans les jardins. Au cours de ses nombreuses balades dans les allées du parc du château de Versailles, en vue de cette exposition, Lee Ufan s’est entretenu directement avec le célèbre jardinier de Louis XIV. En pensée, bien sûr. «J’avais l’impression que Le Nôtre était là et me chuchotait à l’oreille: «Je t’offre un lieu parfait, fais-en quelque chose de bien, si tu peux.», raconte l’artiste coréen qui vit et travaille entre le Japon, Paris et New York. «Le jardin est parfait. Le Nôtre est un génie. C’était difficile de trouver comment s’y insérer», souligne-t-il. Le jardinier ne se retournera pas dans sa tombe, les œuvres minimalistes de Lee Ufan se posent sans heurts dans le paysage géométrique conçu par le jardinier de Louis XIV. Et c’est d’ailleurs avec une tombe garnie d’une pierre, installée dans le célèbre bosquet des bains d’Apollon que Lee Ufan rend hommage à Le Nôtre.

Une chasse aux trésors dans les bosquets

Toujours en hommage à Le Nôtre, Lee Ufan a souhaité faire revivre les jardins de Versailles en exposant ses œuvres dans des espaces «intimes» et peu visités. On découvre donc cette exposition muni d’un plan du parc, à la recherche des trésors cachés que Lee Ufan a installés ici ou là. On s’engouffre dans le bosquet du Dauphin pour découvrir Relatum - Four sides of Messengers ou, un peu plus loin, dans le bosquet de l’Etoile, le sublime Relatum - L’Ombre des Etoiles, œuvre magistrale formée de plaques en acier qui forment un gigantesque cirque tapissé de graviers blancs sur lesquels sont disposés de grosses pierres sans âge. Tout cela à l’abri des regards.

Voir les jardins sous un angle nouveau

La force de la proposition de Lee Ufan, c’est qu’il ne prend pas possession du lieu en conquérant mais s’y insère intelligemment, sans ostentation, de sorte que ses œuvres, pourtant totalement contemporaines, semblent faire entièrement partie du décor. Et, sans que l’on s’en rende compte, Ufan nous fait voir le jardin sous un angle nouveau. Il cite d’ailleurs Paul Klee pour résumer sa démarche: «L’art ne produit pas le visible, il rend visible». Et s’explique: «Je n’ai pas présenté ma vision à travers ces œuvres mais j’ai «re-présenté» l’espace et le temps existants, je les ai rouverts. Je souhaite que les spectateurs rencontrent un nouveau jardin de Versailles, débordant de merveilleux». Catherine Pégard, présidente du château depuis 2011, a infléchi la politique d’art contemporain de Versailles en ce sens, recherchant des artistes soucieux d’établir des «correspondances» avec le lieu. L’œuvre de Lee Ufan répond parfaitement à cette demande. Son immense Arche, haute de 12 mètres, en acier inoxydable posée face à la grande perspective, en est l’incarnation la plus parfaite.

Pas de polémique en vue

Visiter cette expo Ufan est une expérience zen, propice à la méditation. «J’invite les gens à prendre une pause, pour voir les choses autrement». Deux matériaux composent ses œuvres: des pierres, et des plaques d’acier. La pierre représente la nature, la plaque d’acier est le symbole de la société industrialisée. «Lee Ufan est imprégné de sa culture extrême-orientale mais il a également étudié la littérature et la philosophie occidentale et il réalise une synthèse entre les différentes cultures», explique Alfred Pacquement, commissaire de l’exposition. Une véritable invitation au voyage et au repos, qui, c’est certain ne créera pas la polémique ni ne fera bondir les conservateurs soucieux de ne pas brusquer les ors du château de Versailles.