Le road-trip en Tunisie du graffeur eL Seed à la recherche de «Murs perdus»

Street art Le graffeur franco-tunisien eL Seed, spécialiste du calligraffiti, sort «Les Murs perdus», récit de son voyage en Tunisie, et dévoile ce jeudi une fresque sur l’Institut du monde arabe…

Joel Metreau
— 
Le graffeur eL Seed, en août 2013, à Guellala, en Tunisie.
Le graffeur eL Seed, en août 2013, à Guellala, en Tunisie. — Ouahid

Avant d’entamer son périple en Tunisie, il fallait qu’un déclic se produise chez eL Seed. Pour le graffeur français, il se situe à quelques dizaines de mètres en hauteur de la mosquée Jara à Gabès, en 2012. Sur le minaret qui surplombe cette ville au bord de la Méditerranée, il exerce son art du calligraffiti, une calligraphie arabe hyperstylisée et à la bombe de peinture. Les retombées médiatiques sont énormes, jusque chez CNN.

>> eL Seed en images, c'est dans notre diaporama par ici

«Je me suis dit que ce serait intéressant de faire porter l’attention du public sur d’autres villes tunisiennes qui ont aussi une histoire», raconte-t-il à 20 Minutes. Un voyage qui est retracé dans le livre Les Murs perdus (Editions Gourcuff Gradenigo, 39€), qui sortira fin août (ou déjà dispo en anglais).



Un voyage sans itinéraire connu d’avance

Accompagné d’une petite équipe, ce jeune homme de 33 ans part un mois à l’aventure, pour peindre, sans itinéraire précis que celui d’une destination qu’il s’était fixé. Sur une route en plein désert aride, il s’attaque à «un mur posé là, j’avais l’impression qu’il n’était rien que pour moi». Ailleurs, il trace ses traits sur un rocher, sous l’œil méfiant des forces de police. «Le capitaine m’a contrôlé, il souhaitait qu’on parte, un mois auparavant un assassinat avait eu lieu près de la frontière algérienne. Mais plus je lui expliquais mon projet, plus il était content. Il a fini par nous inviter à son mariage.»

Sur le site du tournage de Star Wars

C’est aussi grâce à des noces qu’il pénètre dans Tataouine, où il ne connaissait personne. «On s’est avancés dans le cortège nuptial. Arrivé à la maison, on a mangé et discuté. L’un des gars connaissait mon travail, il est resté trois jours avec moi.» De Tataouine à Star Wars, il n’y a qu’un pas, Tatooine. Une planète imaginaire dont des bâtiments de Ounk Jemal servirent de décor à George Lucas. «J’y suis arrivé à midi le jour de mon anniversaire, il n’y avait que des vendeurs de roses de sable. Le site est vraiment bouffé par le désert. Mais je me sentais comme si j’allais à Disneyland et que je pouvais peindre sur le château de la princesse.» Il y calligraphie: «Je ne serai jamais ton fils.» «Quand j’ai posté la photo de mon œuvre sur Facebook, je me suis fait insulter par des Tunisiens. C’était comme si on avait peint sur les mosaïques romaines du Bardo. ‘’Vous pensez vraiment que c’est notre héritage?’’, je leur ai demandé.»

Une œuvre vandalisée à Akouda

A Akouda, une de ses œuvres a été vandalisée. Il avait peint sur un mur en face d’une mosquée. La veille, des habitants en sortaient et se sont mis à discuter. «Ce mur a rapproché des gens qui n’auraient jamais parlé ensemble, des laïcs et des religieux, il s’en est suivi un débat sur liberté d’expression et sur place de l’art dans la société.» Son périple s’achève à Temoula. La dernière de ses vingt-quatre œuvres figure sur la maison de son grand-père, abandonnée depuis 1986. «A la base, je voulais faire découvrir la Tunisie aux gens, mais je voulais aussi rendre hommage à ma famille. Dans la maison, on a retrouvé un carde pour laine de mouton, une marmite… Ça a créé plein d’émotions. Mes oncles ont raconté des histoires de la Seconde guerre mondiale, comment les Italiens étaient des casanovas…» La force des œuvres d’eL Seed? Elles ne libèrent pas seulement la parole sur les murs.

Une fresque sur l’Institut du monde arabe

Parallèlement à la sortie de son ouvrage, el Seed a réalisé une œuvre sur l’Institut du monde arabe, à Paris. Cette peinture murale de 800 m2 sur la façade extérieure bétonnée coté Seine sera dévoilée ce jeudi 12 juin. Il y écrit: «L'amour est le miracle des civilisations». Ce même jour, une expo consacrée à l’artiste sera ouverte, avec séance de dédicace de l’artiste et une projection de deux vidéos, la première sur la performance d’eL Seed à la mosquée de Gabès et la seconde retraçant son road trip à travers la province tunisienne.