Pharrell Williams rend hommage aux femmes... et à lui-même

CULTURE Pharrell Williams présentait ce lundi à Paris, dans le nouvel espace ouvert par la Galerie Perrotin dans le Marais, son exposition «G I R L», qui réunit 49 œuvres d’art contemporain…

Annabelle Laurent

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Pharrell Williams, commissaire de l'exposition GIRL à la Galerie Perrotin, le 26 mai 2014
Pharrell Williams, commissaire de l'exposition GIRL à la Galerie Perrotin, le 26 mai 2014 — FRED DUFOUR AFP

«Ce serait pas mal si au moins la moitié d’entre vous revenait pour la prochaine expo!», lance le galeriste Emmanuel Perrotin à la foule compacte de journalistes qui s’agite ce lundi matin pour l’inauguration de «G I R L», à quelques minutes de l’arrivée de son commissaire… Pharrell Williams. Un chapeau au-dessus de la mêlée des caméras, un T-Shirt en smiley «happy»: le voilà. Ponctuel. Le rappeur et producteur s’avance pour venir présenter l’exposition, sa première, qu’il a pensé, dit-il, à l’instar de son album sorti il y a deux mois, comme un «reflet des différentes facettes de [sa] représentation de la femme».

L’école de Pharrell

«C’est écrit à l’entrée que je suis commissaire, mais ça devrait dire: l’éducation de Pharrell. Auprès de tous ces artistes, ceux que je connaissais, ceux que j’ai découverts, j’étais comme un gamin à l’école», assure l’artiste de 41 ans. Dans son dos, de minuscules figurines de femmes composent les quatre lettres de GIRL: signé de Guy Limone, le tableau est l’une des 12 œuvres spécialement produites pour l’exposition, qui en compte 49 au total. Marina Abramovic, Sophie Calle, Germaine Richier, Cindy Sherman… Trente-sept artistes, dont 18 femmes, ont ainsi répondu à la sollicitation d’Emmanuel Perrotin, ami de Pharrell depuis leur rencontre en 2007 dans sa galerie à Miami. Il lui avait alors proposé de réaliser son premier objet de design. Le résultat: des sièges à jambes.

Gloire... à qui?

Un hommage aux femmes, donc? A la droite de Pharrell, sur le mur, un cadeau de mariage de son ami Takashi Murakami qui a encerclé de ses marguerites au sourire béat une photo de lui et son épouse en train de danser. «Takashi est un maître», «visiter son atelier, c’est comme se balader dans son cerveau», commente Pharrell enthousiaste, et aussi peu avare en superlatifs quand il s’agit d’évoquer le sculpteur Daniel Ashram, son ami, présent ce lundi pour présenter son œuvre, une sculpture grandeur nature, en verre brisé et résine, d’un homme debout, les mains jointes… Pharrell. Qu’il avait enveloppé dans un moule pendant plus de trois heures, une expérience «surréaliste».

 

Takashi MURAKAMI, «Portrait of Pharrell and Helen – Dance»,
2014. (Photo by Terry Richardson) Photo: Claire Dorn. Courtesy Galerie Perrotin. 

C’est encore Pharrell qu’a représenté Laurent Grasso, en Napoléon juché sur un cheval – «c’était sa demande», nous indique l’artiste - découvrant l’Egypte… Hommage aux femmes, ou gloire au dieu Pharrell? «Moi en Napoléon… Je sais que c’est un peu beaucoup», sourit l’intéressé. «Mais j’ai le sentiment d’être ce qui est le moins important sur cette œuvre. C’est le côté mystique qui m’intéresse». «C’est vous qui retenez surtout les œuvres qui le mettent en scène», assure Emmanuel Perrotin, non loin d’un canapé Ikéa customisé par Rob Prutt avec l’univers de Pharrell (on repère Spock de «Star Trek» et Bob l’éponge) mais à côté d’une salle thématisée, et donc plus fidèle à la promesse de l’exposition, sur le corps des femmes, avec à l’entrée une photo donnée par Yoko Ono: un souvenir de sa performance de 1965 où elle invitait le public à venir découper ses vêtements.

Terry Richardson là pour «la démocratie»

On découvre aussi, parmi les œuvres, une photo du fameux Terry Richardson, le sulfureux et polémique photographe des stars. Un pain d’épices «Eat me» en forme de cœur recouvrant à moitié un sexe féminin. Un parti pris évident dans une émission qui veut, comme le dit le communiqué, «célébrer la femme avant tout libre, libérée par les artistes». «Je comprends que la question soit posée et c’est ce que je voulais, que ça lance la conversation. Pas la controverse. Pour moi l’expo est comme une démocratie: tout le monde peut exprimer son opinion», répond Pharrell, très politiquement correct, tandis qu’Emmanuel Perrotin défend l’artiste «avec lequel il travaille depuis 1996». «Nous savions que cela provoquerait des réactions mais j’assume totalement. C’est notre ami, nous l’aimons beaucoup.»

Langue de bois mais patient et à l’écoute, quand il faut répondre (encore) aux questions sur l’accusation de sexisme du clip de «Blurred Lines», sur le phénomène «Happy», ou sur son féminisme («Je ne suis pas féministe. Mais je me reconnais dans beaucoup des combats des féministes»), Pharrell hésite une seconde quand on lui demande d’élire une œuvre à emporter. «Je les aime toutes. Je veux venir vivre ici avec ma famille!» Pour s’endormir le soir face à lui-même en Napoléon.