VIDEO. Quand le théâtre rencontre la bande dessinée

THÉATRE Une compagnie chilienne offre une esthétique inédite à un roman de Régis Jauffret...

Olivier Mimran

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Montserrat Quezada

Les œuvres à la croisée des Arts fascinent toujours, à fortiori lorsque le «mix» qu’elles proposent fonctionne de manière évidente. La compagnie chilienne Teatrocinema (anciennement La Troppa) en fait l’éclatante démonstration dans Histoire d’amour, une envoûtante pièce aux atours de bande dessinée, adaptée du roman éponyme du français Régis Jauffret (1998) et présentée au théatre du Rond-Point jusqu’au 28 mai.

Qu’est-ce que ça raconte?

L’histoire d’un quidam, dont on sait juste qu’il est prof d’anglais, qui tombe sous le charme d’une jeune femme plantureuse croisée dans le métro. Il la suit jusque dans son appartement où, débordé de pulsions, il la viole… avant de s’endormir, repu. Dénoncé, l’homme est emprisonné deux mois avant que sa victime ne retire –étrangement- sa plainte. Dès lors, il la harcèlera des années durant, où qu’elle se réfugie, la violera encore et encore au point que la femme, murée dans un incompréhensible silence, donne naissance à leur enfant…

 

Histoire d'amour - Théâtre du Rond-Point

À quoi ça ressemble?

Seuls deux comédiens évoluent sur scène, le bourreau et sa victime. Mais un troisième «personnage» leur donne la réplique: le décor, immatériel car projeté sur deux écrans, l’un devant, l’autre derrière la scène, le duo jouant entre ces deux plans artificiels. Y apparaissent aussi subrepticement des élèments typiques de la bande dessinée (cases ou bulles dessinées qui appuient un propos, cadrages qui isolent ou mettent en avant une action, onomatopées et bruitages etc).

Le procédé confère une vraie profondeur, une dynamique de relief à la pièce, d’autant que les plans se meuvent sans cesse: les murs (projetés, donc) tournent autour des protagonistes (dont on devine qu’ils les accompagnent discrètement); ainsi, les comédiens –ou danseurs, tant l’ensemble relève de la chorégraphie la plus technique- se fondent littéralement dans des éléments de décors tels un wagon de métro, un lit, une voiture etc.

Il faut signaler que la pièce étant jouée en espagnol, elle est surtitrée en français. Comme la salle est relativement petite, aucun problème pour le public, qui n’aura pas à se tordre le coup pour suivre simultanément la traduction et la performance.

Quelle expérience pour le spectateur?

Le spectacle, visuellement captivant, marque durablement les esprits. Pour autant, le fond n’a rien à envier à la forme et le traitement qu’en propose Teatrocinema offre une nouvelle lecture au roman –déjà très dérangeant- de Régis Jauffret. Car si cette troupe, chilienne, on le rappelle, a choisi d’adapter Histoire d’amour, c’est que le texte soulève la question de la culpabilité. Laquelle question reste profondément ancrée au Chili, même s’il y a près de trente ans qu’y a pris fin la dictature de Pinochet.

«Histoire d'amour», par la Cie Teatrocinema. Jusqu'au 28 mai 2014, relâche le lundi. Théatre du Rond-Point (75)