Mathieu Pernot, un photographe pas cliché

Benjamin Chapon

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Mathieu Pernot

«Je ne place pas le fait de prendre une photo au centre de ma démarche.» Et pourtant, Mathieu Pernot est bien photographe. L’artiste enseigne la photographie et est à l’honneur de deux expositions à Paris, l’une, rétrospective, au Jeu de Paume. L’autre, autour du projet «L’Asile des photographies» à la Maison Rouge.

«Ça s’est fait un peu par hasard de calendrier, explique Mathieu Pernot. Mais ça tombe assez bien parce que ça permet de montrer un peu un échantillon de mon travail.»

«Chaque sujet est une image»

Alors que se tient, au Centre Pompidou, la rétrospective Henri Cartier-Bresson et ses photographies immédiatement identifiables, le «style» de Mathieu Pernot est plus difficile à cerner.

«Je change de méthode de travail d’une série à l’autre, confesse l’artiste.  J’adopte parfois plusieurs façons d’aborder un même sujet. Et chaque sujet est une image que j’ai en tête. Le reste ne m’intéresse pas

Les roms en séries

D’un travail au long cours avec des familles de roms à Arles, Mathieu Pernot a ainsi tiré plusieurs séries étalées sur trente ans de travail. «On est devenu des amis, je sens bien que c’est mon grand sujet. C’est passionnant d’aborder avec eux différentes façons de travailler.»

Dans la série «Le feu», Mathieu Pernot se fait lyrique, voire baroque, pour montrer l’incinération d’une caravane à la mort de son propriétaire. Dans «Les hurleurs», il saisit l’instant où des gitans «parlent» à leurs proches derrière les hauts murs d’une prison.

Montrer les images

Une des particularités du travail de Mathieu Pernot est le réemploi, dans ses expositions de photographies d’archives, notamment personnelles.

Pour son travail sur les roms, Mathieu Pernot a utilisé des photos de famille. Dans une autre série, il a fait agrandir des cartes postales des années 1960 montrant les premiers grands ensembles d’immeubles dits HLM, en recentrant l’image sur les figures humaines microscopiques de ces images. «On ne voit plus que leur trame à gros points, comme des fantômes. Pourtant, ces immeubles étaient pour eux.»

«Appuyer sur un bouton ou prendre une image, c’est pareil. Prendre une photo, c’est toujours faire référence à l’histoire de l’art et des formes, citer des codes. A partir de là, pourquoi ne pas prélever des images d’autres auteurs. Ces gens ont pris des images. Le geste de les agencer, de monter leur exposition, c’est une façon de questionner le médium.» 

La banalité des fous

Pour l’exposition et le livre L’asile des photographies (récompensé du prestigieux prix Nadar Gens d’images), Mathieu Pernot s’est associé à l’historien Philippe Artières pour redonner vie aux archives photographiques de l’hôpital psychiatrique de Picauville.

Associées à des photos de Mathieu Pernot dans ce qui reste de l’hôpital à l’abandon, ces photos dressent le portrait d’une institution où la folie et les souffrances ont disparus. «Comme tout le monde, les personnes qui travaillaient là ont photographiés les moments heureux, les événements festifs.» A sa façon, Mathieu Pernot permet un nouveau regard sur les réalités.