Le Louvre Abu Dhabi se dévoile

EXPOSITION L’exposition «Naissance d’un musée», à Paris, présente la future collection du musée émirati…

Benjamin Chapon
Vue de l'exposition Naissance d'un musée: Louvre Abu Dhabi, au musée du Louvre, le 28 avril 2014
Vue de l'exposition Naissance d'un musée: Louvre Abu Dhabi, au musée du Louvre, le 28 avril 2014 — FRANCOIS GUILLOT / AFP

Après avoir suscité controverses et interrogations, le Louvre Abu Dhabi présente sa collection à Paris, au musée du Louvre au travers de 160 œuvres achetées ces dernières années par l’agence France Muséums pour le compte de l’état des Émirats Arabes Unis.



Le musée d’Abu Dhabi, qui devrait ouvrir le 2 décembre 2015, présentera des œuvres de sa collection ainsi que des prêts de différents musées français, dont le Louvre. Peu à peu, les œuvres prêtées reviendront en France et de nouvelles acquisitions, toujours réalisées par l’intermédiaire de l’agence France Muséums, viendront étoffer la collection.

Ouverture à l’Est et sur l’Afrique

Une splendide maquette du bâtiment dessiné par Jean Nouvel accueille le visiteur, ainsi qu’une vidéo sur l’ensemble du projet de constitution d’une île des musées à Abu Dhabi. Puis, l’exposition dévoile, chronologiquement, de l’Antiquité à Picasso, les chefs-d’œuvre de la collection.



«On a ouvert l’arc de référence pour opérer un décentrement du regard, explique Laurence des Cars, co-commissaire de l’exposition. Voilà pourquoi il y a beaucoup d’œuvres asiatiques ou africaines. Ce n’est pas une lubie de notre part, c’est une réalité culturelle propre à Abu Dhabi comme lieu de croisement des civilisations.»

Des nus et des Dieux

Véritablement époustouflante de beauté, la riche collection permet aussi au Louvre Abu Dhabi de répondre à certaines rumeurs. La question de la religion sera ainsi largement traitée, tout comme la nudité.

«La question religieuse est extrêmement sensible mais n’a pas du tout été un obstacle à la constitution de la collection, explique Vincent Pomarède en montrant une vitrine où se côtoie une statue du Christ, une icône africaine, un bouddha… Il y a eu une tolérance absolue de nos interlocuteurs Emiratis. La collection ne propose pas une histoire des religions ou une réflexion théologiques mais expose le rapport de l’homme au divin à travers l’Art.»

Pas de polémique

Pour preuve de cette ouverture, des statues de nus masculins ou bien une Torah yéménite du 7e siècle sont exposés. «C’est un geste fort pour un jeune état arabe, estime Laurence des Cars. Leur ambition va au-delà d’un projet culturel ou esthétique. Il y a un enjeu de construction nationale pour Abu Dhabi derrière ce projet.»



Par ailleurs, les acquisitions de pièces archéologiques ont été très scrupuleusement observées. «Nous ne voulons aucune polémique sur la provenance des œuvres, ni affronter les mêmes problèmes de demandes de restitution que certains musées occidentaux», a expliqué Khalid Abdulkhaliq Abdulla, membre de la Abu Dhabi Tourism & Culture Authority.

Après les prêts

«Les pièces archéologiques de qualité musée, comme on dit, sur le marché et dont la provenance est certifiée, sont extrêmement rares, explique Vincent Pomarède, co-commissaire de l’exposition. Il y aura beaucoup de prêts de la part des musées français dans ces domaines-là.»

La question est évidemment de savoir à quoi ressemblera le Louvre Abu Dhabi quand, dix ans après son ouverture, les œuvres prêtées auront retrouvé leurs musées en France. «La collection va continuer de s’étoffer, explique Laurence des Cars. On ne crée pas un musée à partir de rien en claquant des doigts. Voilà pourquoi le projet était conçu comme cela, avec une période transitoire avec prêts. Mais comme vous pouvez le voir, la collection du Louvre Abu Dhabi est déjà conséquente et de grande qualité. C’est un bon début quand même.»