Une exposition à Mexico sur Gabriel Garcia Marquez, en 2009
Une exposition à Mexico sur Gabriel Garcia Marquez, en 2009 — Claudio Cruz/AP/SIPA

LITTERATURE

Gabriel Garcia Marquez: L’extraordinaire succès de «Cent ans de solitude»

L'auteur latino-américain le plus lu au monde est décédé jeudi soir à l’âge de 87 ans. Retour sur son roman vendu à plus de 30 millions d’exemplaires: «Cent ans de solitude»…

«Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace». En Amérique Latine, les lecteurs connaissent la phrase par cœur. La première de Cent ans de solitude, fascinante saga familiale, exubérante épopée déployée sur plus de six générations, œuvre maîtresse de la littérature hispano-américaine qui contribua tant à la faire connaître à travers le monde.

«A 38 ans, alors que j’avais publié quatre livres depuis mes 20 ans, je me suis assis devant ma machine à écrire et j’ai commencé à écrire», se souvenait en 2007 Gabriel Garcia Marquez lors du quatrième Congrès International de la langue espagnole qui lui rendait hommage, rappelle le journal argentin Perfil. L’écrivain colombien citait lui-même le fameux incipit: «Je n’avais pas la moindre idée du sens ni de l’origine de cette phrase, ni d’où elle allait me mener. Ce que je sais, c’est que je n’ai pas cessé d’écrire un seul jour pendant 18 mois jusqu’à ce que je termine le livre.» Etabli à Mexico, fauché, Gabriel Garcia Marquez l’achève en 1966 après avoir dû vendre sa voiture et accumulé neuf mois de retard de loyer.

Un «chef-d’œuvre» découvert en France en plein mai 68

Le roman est publié le 30 mai 1967 en Argentine. L’engouement pour la saga foisonnante de la famille Buendia, qui traverse événements fantastiques, naissances et morts dans le village fictif de Macondo, est immédiat. La première édition de 8.000 exemplaires s’écoule en une semaine, rappelle le quotidien argentin La Razon. En France, le roman paraît un an plus tard, en mai 1968, dans l’indifférence. «Il n’était pas connu à l’époque, raconte à l’AFP Claude Durand, découvreur, traducteur en français et éditeur du roman au Seuil. L’agent de Garcia Marquez lui avait envoyé le manuscrit avant même sa publication en espagnol. «Nous avons vite compris, avec ma femme qui est Cubaine, qu’il s’agissait d’un chef-d’œuvre. Et comme Carmen était enceinte, nous avons profité de ces neuf mois pour traduire le roman!».

Le boom latino-américain

Si le succès n’est pas aussi rapide en France, il signe la naissance du «réalisme magique» où s’allient le fantastique et le réel. Genre qui va durablement plaire aux lecteurs français, bientôt amateurs des autres écrivains latino-américains comme Mario Vargas Llosa, Jorge Luis Borges, Julio Cortazar ou Carlos Fuentes. En 1982, le succès s’accélère avec le Prix Nobel de littérature que reçoit Gabriel Garcia Marquez pour Cent ans de solitude mais aussi pour l’Automne du patriarche et Chronique d’une mort annoncée, qui lui succèdent. L’écrivain n’aimait pas être considéré comme l’auteur d’un seul livre mais c’est bien Cent ans de solitude qui, pendant des années, va passionner les lecteurs du monde entier. En 1970, plus de 500.000 exemplaires s’étaient vendus à travers le continent américain. On parle aujourd’hui de 30 millions d’exemplaires vendus, en 26 langues.

En 2007 «Gabo» racontait: «Au début d’août 1966, Mercedes et moi sommes allés à la poste de Mexico, pour envoyer à Buenos Aires la version finale, un paquet de 590 feuilles […]. L’employé de la poste me dit alors: 82 pesos». Ils n’en avaient que 53. «Nous avons divisé les feuilles en deux parts égales pour en envoyer une seule». En sortant du bureau de poste, ils parcourent les feuilles qu’il leur reste à envoyer. Et se rendent compte que par erreur, ils ont envoyé la seconde partie du roman. «Mais avant d’avoir trouvé de l’argent pour expédier la première, l’éditeur nous en avait envoyé pour que nous puissions lui faire lire».