Sheryl Sandberg en croisade à Paris pour exhorter les femmes à «se bouger»

LIVRE Un an après la sortie de France de son bestseller «En avant toutes», la numéro 2 de Facebook a appelé les femmes à s’imposer lors d’une conférence à Sciences Po Paris ce lundi…

Anaëlle Grondin

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La numéro 2 de Facebook, Sheryl Sandberg à Sciences Po Paris, le 14 avril 2014.
La numéro 2 de Facebook, Sheryl Sandberg à Sciences Po Paris, le 14 avril 2014. — 20 Minutes

Sheryl Sandberg poursuit son combat avec pugnacité. Son ouvrage En avant toutes, les femmes, le travail et le pouvoir (JC Lattès) sorti en 2013, s’est déjà vendu à 1,7 millions d’exemplaires, mais la numéro 2 de Facebook, qui fait partie des femmes les plus puissantes du monde, continue de faire le tour du monde pour exhorter les femmes à avoir de l’ambition et à se mettre en avant.

Pour la première fois, la femme d’affaires de 44 ans et mère de deux enfants s’est arrêtée à Paris pour inviter les femmes à croire en leurs rêves et à dépasser (avec l'aide des hommes), l'ordre social dicté par la hiérarchisation des sexes. Acclamée par les étudiants de Sciences Po Paris, où elle a donné une conférence d’une quarantaine de minutes ce lundi, la charismatique directrice de Facebook qui allie carrière brillante et vie familiale accomplie a exposé les grandes idées de son manifeste féministe moderne, avec humour et sympathie.

«Ne vous sous-estimez pas!»

Sheryl Sandberg a fait deux constats, qu’elle dénonce: «Il y a des cultures différentes partout dans le monde, mais la place de la femme est toujours la même» et «les hommes continuent à diriger le monde». Particulièrement choquée par le manque de femmes à la tête des entreprises, elle n’est pas venue montrer les hommes du doigt. Elle estime que cette situation est acceptée par tous, même les femmes. «Comparé aux hommes, les femmes se sous-estiment», juge Sheryl Sandberg, citant des études et relatant les anecdotes personnelles déjà partagées dans son livre pour illustrer son propos. «Lorsqu’un homme réussit, cette réussite est attribuée à ses capacités. Lorsqu’une femme réussit, cette réussite est attribuée à la chance, à une aide extérieure, au fait qu’elle ait travaillé très dur pour y arriver», a-t-elle poursuivi.

Au sein de l’entreprise, la directrice de Facebook a remarqué que «les femmes ne se mettent pas en avant pour avoir une promotion alors que les hommes viennent taper à [sa] porte toute la journée». «Ne vous sous-estimez pas!, a-t-elle imploré aux jeunes étudiantes de l’auditoire. N’attendez pas d’être sûre d’avoir les capacités pour accepter un poste.» Car les hommes, eux, ne le feront pas, a-t-elle clairement écrit dans son ouvrage. A toutes les réunions auxquelles elle a assisté, Sheryl Sandberg a aussi observé que les hommes se mettaient au milieu, devant, alors que les femmes se mettaient en retrait. «Il y a des ajustements à faire, en tant que pairs, que chefs», a-t-elle affirmé.  Sheryl Sandberg s’est aussi étonnée du fait que certaines femmes mettaient elles-mêmes un frein à leur carrière pour préserver leur vie de famille, «alors même qu’elles n'ont pas encore d'enfant!»

«Plus les femmes réussissent, moins elles sont aimées»

Et lorsque les femmes parviennent à mener leur carrière au sommet, le tableau n’est pas plus reluisant. «Les hommes qui réussissent et ont du pouvoir sont mieux aimés et perçus que les autres. Pour les femmes c’est le contraire. Plus elles réussissent, moins elles sont aimées», s’est désolée Sheryl Sandberg. Surtout, il y a un mot à ne jamais prononcer en sa présence: «bossy» (ou «autoritaire» en français), très utilisé pour qualifier les femmes au pouvoir… mais jamais les hommes.  

«Les politiques publiques jouent un rôle important pour l’égalité, on ne peut pas progresser sans cela,  mais on a aussi besoin d’actions individuelles. C’est comme ça que nous parviendront à vivre dans un monde plus égalitaire, en se bougeant ensemble, a plaidé le bras droit de Mark Zuckerberg en expliquant pourquoi elle avait écrit En avant toutes (qui sortira en format Livre de Poche le 2 mai). Mon livre est ce que j'aurais aimé qu'on me dise au début de ma carrière.» 

Voir la conférence donnée par Sheryl Sandberg à Paris le 14 avril 2014