Joakim rêve de musique mutante

©2006 20 minutes

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« J'aime le bruit et les crooners, le metal et la pop. » Monsters and Silly Songs, troisième album de Joakim, confirme l'éclectisme et le talent du jeune homme. Après le jazz et la house, ce Français de 29 ans se consacre à l'électro-rock. S'il utilise plus de guitares et lorgne franchement vers la new wave, son univers reste basé sur des nappes musicales qui semblent raconter des histoires de fantômes. « J'aime qu'un album “parle”. Il y a toujours une histoire ou des émotions abstraites à l'origine de mes morceaux. C'est juste la seule manière que j'ai de concevoir la musique. »

Joakim Bouaziz a beau être un touche-à-tout, il ne se départit jamais d'une rêverie nostalgique, omniprésente sur des titres aux noms drôles et évocateurs : Sleep in Hollow Tree, Peter Pan Over the Bronx... « Pour moi, cet onirisme est une alternative sympathique. Evidemment, c'est aussi une forme d'exorcisme. Si les artistes étaient des êtres communicants normaux, ils feraient autre chose. » Son originalité, Joakim la puise dans son parcours. Jeune prodige du piano classique, il devient vite fan de rock indépendant et d'électro. A 21 ans, l'étudiant à HEC sort un premier disque de jazz expérimental avec le célèbre DJ Gilb'r du label Versatile. Mais la reconnaissance se fait attendre, surtout en France, « où on a un complexe culturel qui crée une séparation totale et malsaine entre art élitiste et production ultracommerciale ». Encensé à l'étranger, Joakim continue d'innover en attendant d'être « découvert » dans son pays. Fondateur du label et site Internet Tigersushi, il a été l'un des premiers à illustrer musicalement des films muets pour les cinémixes, et monte sur scène * entouré de musiciens rock. Ce fan de gentils monstres, génie torturé, continue sa route en restant une énigme musicale.

A. Lajoinie

*Demain soir à la Bellevilloise (Paris 20e) et le 16 février à la Plateforme (Lyon).