«Blast» de Larcenet en tête des ventes de BD

BD L'ultime tome de la série la plus personnelle de Manu Larcenet occupe la 1ère place des ventes depuis quatre semaines...

Olivier Mimran

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«Blast» (extrait du tome 4)
«Blast» (extrait du tome 4) — Manu Larcenet & éditions Dargaud 2014

Cinq ans et quatre tomes après sa création, la série Blast, de Manu Larcenet, se révèle un des succès «surprise» de ce début de siècle. «Surprise» parce que l’œuvre est sombre, austère (essentiellement en noir et blanc), mélancolique et démesurée (chacun de ses volumes compte plus de 200 pages). Alors comment et pourquoi Blast a-t-il atteint une telle popularité ?

Bande annonce officielle de Blast tome 1

«Une oeuvre qui transcende les genres»

Avec 330.000 albums vendus depuis 2009, un projet d’adaptation cinématographique (momentanément avorté) et des traductions en 6 langues (allemand, espagnol, finnois, néerlandais, italien et croate), Blast est bien ce qu’on appelle trivialement un carton éditorial ! C’est d’autant plus vrai depuis la sortie de son quatrième et ultime tome, sorti le 7 mars dernier et qui n’a, depuis, plus quitté la 1ère place des ventes BD -hors manga- en France (source Livreshebdo/Ipsos). Tiré à 70.000 exemplaires (un chiffre énorme dans ce médium), dont 70% sont déjà écoulés, l’album fait la fierté de Philippe Ostermann, Directeur Général délégué chez Dargaud: «Quelle extraordinaire réussite artistique! Blast est une œuvre qui transcende les genres et dépasse le cadre de la bande dessinée. 800 pages en noir et blanc, à la fois violentes, sensibles, contemplatives et traversées de fulgurances».

Les libraires, ces «relais fabuleux»

En dépit de ses indéniables qualités, on peut légitimement se demander comment la série a réussi à se distinguer parmi les plus de 5.000 albums publiés chaque année en France. «La voie singulière que Larcenet a ouvert avec Le Combat Ordinaire a fait de lui un auteur que les lecteurs suivent passionnément quelque soit le chemin qu'il prend. Et je crois surtout que l'intense qualité de l'œuvre a été immédiatement perçue par un grand nombre de libraires, qui ont été des relais fabuleux», précise Philippe Ostermann. Ce que valide Bertrand Lachèze, chef de rayon BD à la Fnac Halles (Paris): «Chez nous, une mise en avant de la série eu lieu afin de théatraliser l'évènement (zone d'actualité, mise en avant des tomes précédents). Et le fond de catalogue de l'auteur est régulièrement conseillé par nos vendeurs, qui sont souvent eux-mêmes fans de Larcenet».

Un auteur plus sûr de son talent

Une autre raison du succès remporté tient peut-être aussi à la fidélité des lecteurs de Larcenet. Pourtant, celui-ci a longtemps multiplié les genres, passant allégrement de l’humour potache (Les cosmonautes du futur, Nic Oumouk, Bill Baroud etc) à l’étude de mœurs (Le combat ordinaire, Le retour à la terre etc). «Manu a toujours alterné entre les deux facettes de son talent», confirme Philippe Ostermann. «Aujourd'hui, il se sent peut être plus sûr de ses capacités graphiques et scénaristiques pour pouvoir se confronter avec des histoires au long cours, encore plus noires. C'est l'une des grandes libertés qu'ont gagnée les auteurs de bande dessinée, pouvoir s'échapper de la série pour s'exprimer dans plusieurs directions. Et c'est aussi une grande intelligence des lecteurs de bande dessinée que de les suivre avec  curiosité dans leur cheminement». Des lecteurs «attirés par une frange plutôt indé de la BD», selon Bertrand Lachèze, «âgés de la trentaine à la cinquantaine, et plutôt issus des villes que des champs».

Blast t.4 - «Pourvu que les Bouddhistes se trompent» de Manu Larcenet - éd. Dargaud, 22,90€

L'histoire...

Cet ultime volume du chef-d'oeuvre (chronophage, puisqu'il l'aura occupé 5 ans) de Larcenet raconte les dernières heures de garde à vue de Polza Mancini, son imposant personnage principal soupçonné d'agression. L'angoissant puzzle se reconstitue enfin et justifie notre plongée amère dans le plus profond de la noirceur humaine.