Abraham Poincheval en performance dans un ours au musée de la Chasse et de la Nature
Abraham Poincheval en performance dans un ours au musée de la Chasse et de la Nature — Sophie Lloyd

INTERVIEW

L’homme qui va vivre treize jours dans un ours

Benjamin Chapon

L’artiste, un habitué de ce genre de performances, a répondu aux questions de «20 Minutes»...

Abraham Poincheval va passer treize jours dans un ours naturalisé du Musée de la Chasse et de la Nature de à Paris. L’artiste est un habitué des performances extrêmes. Il a déjà passé une semaine dans un trou, la première fois dans le sol d’une librairie, la seconde à Tours, sous le parvis d’une place.

Abraham Poincheval a également traversé la France en ligne droite (vraiment droite!) seulement armé d’une boussole, ou vécu une semaine en autarcie sur l’île du Frioul pour reproduire le mode de vie des hommes du paléolithique.

Appréhendez-vous ces deux semaines dans un ours?

C’est la troisième fois que je fais ça, je commence un peu à connaître. Mais, pour la première fois, je serai allongé. C’est plus confortable mais en contrepartie je reste deux fois plus longtemps. Et bien sûr, c’est la première fois que je fais ça dans un ours.

Comment vous êtes-vous préparé physiquement?

La préparation est avant tout psychologique. Le mental fait que ça va tenir. Mais il y a aussi une préparation physique. Comme je travaille à la réalisation de la pièce depuis deux mois, je sais très bien ce qui m’attend. Cet ours, je le connais bien.

C’est un vrai ours?

C’est un ours du Canada. On a rajouté un peu de fourrure, donc il est un peu plus grand qu’un vrai ours. C’est une sorte de grizzli.

Comment vous nourrissez-vous?

D’habitude, j’avais de la nourriture de trek mais ce n’était pas adapté parce que je ne bouge pas du tout alors que cette nourriture est faite pour les gros efforts physiques. J’étais un peu en surpression. Cette fois, j’ai demandé à un chef de me préparer des repas d’ours. Il y a beaucoup de choses des sous-bois, baies, champignons… Et des insectes aussi.

Et pour «évacuer» la nourriture?

J’ai des sortes de toilettes. Deux tuyaux en réalité. Et il y a un plancher technique qui permet d’évacuer tout ça. C’est un ours très bien organisé.

Le public du musée pourra vous parler?

Oui, je pourrai dialoguer avec eux selon mon bon vouloir, selon mon état. Comme il y a d’autres ours naturalisés dans le musée de la Chasse et de la Nature, le public devra trouver celui dans lequel je suis. J’aime bien l’idée que les gens vont venir parler à un ours.

Que vous disent-ils?

En général, ils me demandent si je suis bien là, puis comment je me sens. Ensuite, ça peut devenir très personnel, très intime. Quand j’étais dans mes trous, les gens parlaient à un rocher. Je ne sais pas ce qu’ils diront à l’ours.

Votre performance débute un 1er avril. C’est volontaire?

C’est un hasard de calendrier mais c’est aussi le printemps, fin de la phase d’hibernation des ours.

Quel sens peut-on donner à vos performances?

Je veux simplement questionner le réel. Je pars d’une situation liée au monde du rêve ou à la mythologie et j’essaye de le réaliser dans le réel, voir ce que ça donne dans la vraie vie.

Comment avez-vous eu l’idée de ces emprisonnements volontaires?

Je suis passionné par les pratiques des premiers chrétiens qui posaient de vrais questionnements sur le réel et le sacré. Ça les a conduits à des pratiques comme le fait de marcher à l’envers, de manger de l’herbe, ou de s’extraire du monde. Ils voulaient repenser le monde par leurs actions, ne pas se satisfaire de ce qu’on croit être le réel. L’exemple des ermites est le point de départ de ma démarche.

Les ermites allaient dans le désert, dans des grottes ou en haut de colonnes. Pourquoi un ours?

On a tous une histoire avec l’ours. Même si on n’en a jamais vu. Ça commence avec les oursons en peluche et ça continue avec la longue et ancienne histoire de la relation entre l’humain et l’ours, les territoires que l’on doit partager. Ce n’est pas moi qui vais vivre dans un ours mais l’ours qui va me digérer.